Torture en Syrie : un réfugié témoigne

Par Olivier Brégeard

Arrêté sans preuve après avoir participé à des manifestations contre Bachar el-Assad, un jeune membre de la bourgeoisie de Damas a passé plusieurs semaines dans l’enfer des geôles du régime. De passage en Alsace au terme d’une odyssée dantesque, il s’est confié à nous. Un récit déconseillé aux âmes sensibles.

 

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http://www.lalsace.fr/actualite/2014/12/16/torture-en-syrie-un-refugie-temoigne

 

Photo: Mulhouse, le 4 décembre 2014 : une partie de la famille de B. résidant encore en Syrie, nous avons préservé son anonymat et gommé certains éléments de son récit qui auraient pu permettre de l’identifier. Photo  L’Alsace/

un réfugié témoigne

Syrie: battus, pendus, recouverts de cafards, le quotidien des détenus du régime

Pendant deux ans, les journées de Mohsen al-Masri ont été rythmées par les tortures. Suspendu au plafond, recouvert de cafards, battu encore et encore… Il a survécu et peut aujourd’hui témoigner, pour les 12.000 personnes mortes dans les prisons du régime syrien.

Son visage rond désormais émacié, Mohsen, un nom d’emprunt, raconte les sévices et humiliations depuis son exil turc. «Chaque fois que l’on était transféré d’un centre à un autre, on avait le droit à une ‘fête de bienvenue’, (les gardes) nous battaient brutalement, avec des bâtons».

le quotidien des détenus du régime

Mohsen a été pendu par les poignets des heures durant, ses orteils frôlant à peine le sol. Parfois, ses gardes glissaient des cafards sous ses vêtements, puis l’aspergeaient d’insecticide.

La torture pouvait aussi se faire psychologique. «Ils insultaient ma femme, me disaient qu’ils allaient aller chez moi et la violer».

Depuis le début de la guerre, en mars 2011, quelque 200.000 personnes ont été emprisonnées en Syrie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). 12.000 ont péri en détention.

La plupart des détenus passent d’abord par les centres des services de renseignements, privés d’eau, de nourriture, de médicaments. Mohsen faisait 100 kg lors de son arrestation, il en pesait moins de 50 à sa sortie.

«Pour nous, vous n’êtes rien», a un jour lancé un de ses tortionnaires à Mohammad Samaan — un pseudonyme –, arrêté et emprisonné à deux reprises. «Nous torturons les gens parce que nous sommes sadiques. Nous aimons ça».

«Il m’a électrocuté et m’a dit d’écrire tout ce que je savais. Il a tout fait pour essayer de me faire craquer», explique ce militant pacifiste de 33 ans, originaire de Damas.

«J’ai survécu à un cauchemar. Rien (…) ne m’aurait préparé à l’horreur de la détention», raconte-t-il, se rappelant avoir lu, peu avant le début de la révolution, «1984» de George Orwell, qui décrit la vie sous un régime totalitaire. «Quand j’ai été emprisonné à mon tour, j’ai découvert qu’un tel monde existait, et que c’était en Syrie».

«Aujourd’hui, les souvenirs me hantent chaque jour, quand je mange, quand je dors», raconte-t-il d’une voix calme, tirant sur sa cigarette à Beyrouth, où il a trouvé refuge.

– Simulacres de procès –

Comme la plupart des détenus, MM. Samaan et Masri ont été transférés, après leur passage dans les bureaux des services de renseignements, dans les tristement célèbres prisons d’Adra et de Seydneya, après un simulacre de procès.

M. Masri, lui aussi militant pacifiste, a été jugé par un tribunal militaire. Et le procès de M. Samaan était, selon ses propres mots, une «farce». «Tous les juges en Syrie ne font que suivre les ordres des forces de sécurité».

Un constat partagé par un éminent avocat syrien spécialisé dans les droits de l’Homme. «Le régime ne respecte pas ses propres lois quand il s’agit des prisonniers», affirme-t-il sous le couvert de l’anonymat.

«Il y a quatre agences de sécurité en Syrie, et chacune est prête à tout pour montrer qu’elle est plus violente que les autres», ajoute l’avocat. Et de décrire un maillage sous-terrain immense de prisons et de centres de détention secrets.

«Rien qu’à Damas, il y a 30 ou 40 centres d’interrogation des services de sécurité et un nombre inconnu de lieux de détention secrets». Seuls les détenus dans les prisons officielles ont le droit à des visites.

En outre, plusieurs détenus sont emprisonnés comme «otages» et utilisés comme moyen de pression sur la personne voulue jusqu’à ce qu’elle se rende.

Le président Bachar al-Assad a bien accordé une amnistie à des milliers de personnes en juin, mais seule une poignée des prisonniers de conscience ont été libérés.

Pour la militante des droits de l’Homme Sema Nassar, le régime refuse de libérer les militants pacifistes qui ont joué un rôle essentiel aux commencements de la révolte, en mars 2011, par crainte de l’influence qu’ils pourraient avoir une fois libérés.

Le conflit syrien, débuté par des manifestations brutalement réprimées par le régime Assad, est devenu depuis une guerre complexe, où s’affrontent rebelles, groupes jihadistes et armée. Il a fait 200.000 morts.

La plupart des meneurs du soulèvement pacifique sont aujourd’hui morts, en prison ou réfugiés à l’étranger, selon plusieurs militants.

AFP

Source : Le quotidien « Libération »

http://www.liberation.fr/monde/2014/12/12/syrie-battus-pendus-recouverts-de-cafards-le-quotidien-des-detenus-du-regime_1162151

 

 

 

 

Violences à l’égard des femmes en Syrie

5  papiers et témoignages, ci-après avec les liens

Merci à « FemmeS pour la Démocratie » de ce sérieux travail

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1/ Violences à l’égard des femmes en Syrie,

1 ère partie

L’intervention de Noura Al-Ameer à Genève le 25 novembre 2014

« Ceci n’était pas nouveau pour ce régime qui ignore toute loi de protection des femmes contre les abus et la violence sexuelle. Il a même laissé les mains libres aux responsables de l’Etat et aux chefs des services secrets pour faire usage de chantage à caractère sexuel sur les femmes au nom du pouvoir et ceci en toute impunité. »

https://femmesdemoc.wordpress.com/2014/11/28/violences-a-legard-des-femmes-en-syrie-1ere-partie/

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2/ Violences à l’égard des femmes en Syrie,  2e partie

Témoignage de Tarek Kurdi, par skype

https://femmesdemoc.wordpress.com/2014/11/30/violences-a-legard-des-femmes-en-syrie-2e-partie/

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3/ Violences à l’égard des femmes en Syrie,  3e partie

Témoignage d’Alaa

https://femmesdemoc.wordpress.com/2014/12/01/violences-a-legard-des-femmes-en-syrie-3e-partie-temoignage-dalaa/

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4/ Violences à l’égard des femmes en Syrie,  4e partie

Témoignage d’Eman

« Eman a été enlevée par les milices d’Assad « les Chabbiha »… Elle s’est retrouvée avec d’autres femmes à la merci de ces monstres… Eman témoigne… »

https://femmesdemoc.wordpress.com/2014/12/03/violences-a-legard-des-femmes-en-syrie-4e-partie-temoignage-deman/

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5/ Violences à l’égard des femmes en Syrie,  5e partie

Témoignage de Kenda

« C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité. »

https://femmesdemoc.wordpress.com/2014/12/03/violences-a-legard-des-femmes-en-syrie-5e-partie-temoignage-de-kenda/

 

 

Première apparition publique de « César », ex-photographe de la police militaire syrienne, au Congrès US

« César », l’ex-photographe anonyme de la police militaire syrienne qui s’est enfui l’été dernier de Syrie en emportant 55.000 photographies effroyables de corps torturés, est apparu pour la première fois jeudi en public, lors d’une audition à la Chambre des représentants américaine.

 

César explique que son travail était de prendre en photo les cadavres pour le ministère syrien de la Défense, avant et après la révolution. Lui et les autres photographes avaient pour responsabilité d’archiver les photos et de les télécharger sur les serveurs de l’Etat syrien. A ce titre, il avait accès aux photos prises par d’autres photographes du régime.

Lire la totalité de l’article…..

http://www.lorientlejour.com/article/878674/premiere-apparition-publique-de-cesar-ex-photographe-de-la-police-militaire-syrienne-au-congres-us.html

 

César

Un témoignage d’une ancienne détenue traduit de l’arabe…

sans-titre« Les jours passant derrière les barreaux, je vis ce qui arrivait aux autres femmes et filles pendant les interrogatoires, elles étaient violées, torturées, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je remerciais Dieu d’avoir été épargnée, les cas de viol étant quasi-quotidiens. Certaines filles étaient emmenées quotidiennement pour être violée par plusieurs hommes. Elles en revenaient ensanglantées, leurs corps couverts de traces rouges. »

 

Lire la totalité du témoignage…

http://femmesdemoc.wordpress.com/temoignages/

Sources en arabe:

Prisons syriennes : Des détenus déconnectés et désubjectivés

Un texte puissant, effrayant et éclairant de  Abdulhay Sayed (écrivain et juriste syrien) publié dans la revue de l’Association Internationale de Sociologie, page 18.

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Le rapport établi avec l’aide de fonds qataris par une équipe indépendante d’anciens procureurs des Nations Unies dans lequel sont analysées des milliers de photographies prises clandestinement des cadavres de détenus morts de faim et torturés dans les centres de détention syriens, confirme ce que l’on soupçonnait déjà : le meurtre de détenus à échelle industrielle. Le rapport faisait suite à d’autres comptes rendus d’organisations locales de défense des droits de l’homme, qui décrivaient ce que sont actuellement les conditions atroces de détention dans les prisons du régime syrien. Dans cet article, je parlerai de témoignages plutôt que d’images. En effet, nous disposons aujourd’hui de quantité de témoignages de détenus qui ont survécu aux prisons syriennes. Je m’intéresse ici à la manière dont des prisonniers ont survécu à l’espace de détention, à la manière dont leur corps a vécu cette lente descente jusqu’au fond de l’abîme, jusqu’à la limite entre la vie et la mort, et à la manière dont ils ont assisté à la « déconnexion » d’autres détenus avant que ceux-ci ne disparaissent. Je pose la question de savoir si l’expérience dévastatrice des Muselmänner, qui avait caractérisé Auschwitz dans la mémoire de Primo Levi et de nombreux autres rescapés, et que Giorgio Agamben a récemment érigé en paradigme, peut nous aider – et si oui, dans quelle mesure – à comprendre à la fois la tragédie actuelle des détenus « déconnectés » des prisons syriennes et les calamités infligées à l’espace politique syrien.

D’après les témoignages de nombreux survivants, de plus en plus de détenus, arrêtés pour avoir participé à des manifestations pacifiques ou à opérations de secours, seraient morts en détention avant d’avoir été enterrés secrètement dans des fosses communes. Les témoignages font souvent état de la manière dont les détenus sont confrontés sur leur lieu de détention à un espace effroyablement réduit et surpeuplé. Les conditions extrêmes de torture sont devenues chose courante. Dans les centres de détention syriens, les violences et les traitements dégradants et inhumains ne se limitent pas aux séances d’interrogatoire mais font manifestement partie intégrante de la vie des détenus.

Des témoignages recueillis par le Centre de Documentation des Violations (CDV) – une ONG syrienne cofondée par Razan Zeitouneh, une avocate de renom qui a récemment été enlevée – indiquent que les geôliers affament souvent les détenus jusqu’à ce qu’ils soient sur le point de s’effondrer. Affamer les détenus serait utilisé à la fois comme technique de torture, et comme un moyen d’inscrire la faim dans la mémoire des survivants, comme une caractéristique du quotidien de la détention. Les conditions cruelles de détention ont souvent entraîné les détenus vers ce qui pourrait être désigné comme un état de « déconnexion ». Un survivant a décrit dans ces termes un centre de détention des services de renseignements militaires situé dans le quartier de Qaboun, à Damas, où de nombreux codétenus « déconnectaient » en raison des conditions de détention dans la cellule :

On m’a mis dans une cellule de deux mètres sur cinq avec quelque 180 autres détenus. Beaucoup d’entre eux étaient « déconnectés ». C’est un mot qu’on utilise pour désigner les détenus qui commencent à parler et à se comporter de manière incohérente en conséquence des tortures extrêmes et de la température très élevée qui règne dans les cellules… Nous étions habitués à voir chaque jour un ou deux détenus qui « déconnectaient » en raison de la pression psychologique, de l’air étouffant et de la chaleur… Le détenu commençait à dire et à faire des choses extrêmement étranges et insensées…

Lorsqu’un détenu « déconnecté » perd connaissance, un système est prévu pour évacuer son corps de la cellule et l’emporter hors du centre de détention. Dans certains centres de détention, l’évacuation est confiée à des détenus vétérans, que l’on force à récupérer les corps inanimés pour les transporter à l’extérieur. Dans d’autres centres, des chambres dites de « consolation » sont créées, souvent juste à côté des lavabos, pour les « déconnectés » et les morts. Les survivants gardent fixé dans leur mémoire le souvenir de ces couloirs à l’extérieur des cellules, où les corps des détenus « déconnectés » sont entassés près des lavabos, dans l’attente d’une mort lente. Un survivant a décrit dans ces termes ce qu’il a vu dans le regard de ces détenus « déconnectés » :

Chaque jour, une vingtaine de détenus étaient jetés dans le couloir où les attendaient leur « destin » et une mort lente… On rencontrait différents cas, ceux qui étaient sur le point de mourir après avoir été brutalement torturés, ou pour cause de « déconnexion » ou de température élevée, et ceux qui ressemblaient à des squelettes en raison d’ulcérations aiguës. Ils urinaient sur place, dans un espace couvert de pus et de sang. Ils étaient sur le point de mourir. Leurs yeux étaient encore ouverts et capables de fixer un regard, comme pour demander à leurs compagnons de détention qui pouvaient encore marcher, de témoigner de leur souffrance auprès du reste du monde.

On est particulièrement frappé par l’étendue du moment dans l’expérience du détenu où la conscience « déconnecte » ou s’éteint simplement, laissant le corps dans un état végétatif, avant de mourir. On serait évidemment tenté d’établir un parallèle avec la figure du Muselmann du camp de concentration d’Auschwitz, érigé en symbole par Giorgio Agamben dans son livre daté de 1999 [pour l’édition française], Ce qui reste d’Auschwitz. C’est Primo Levi qui, en tant que rescapé d’Auschwitz, a le premier témoigné dans son livre Si c’est un homme, écrit en 1946, de l’existence d’une catégorie de détenus à Auschwitz qui étaient appelés par les SS ainsi que par les autres détenus les Muselmänner, c’est-à-dire les Musulmans. La description de Levi était explicite : les Muselmänner étaient les « damnés », ou les « non-hommes » qui peuplaient Auschwitz. C’était ceux qui « marchent en silence », le corps « décharné », « le front courbé et les épaules voûtées », et « dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée ». D’après les témoignages de survivants, la figure du Muselmann, comme celle d’un « mort-vivant », d’un « cadavre ambulant », d’un « squelette en mouvement », d’un « homme-momie », était connue dans d’autres camps de concentration quoique sous des appellations différentes. Peu de recherches ont été consacrées à l’origine et à l’emploi extrêmement péjoratif du terme Muselmann.

Avec la figure du Muselmann, ce sont deux questions liées entre elles qui intéressaient Agamben : comment était-il possible de porter témoignage de la situation extrême du camp de concentration, alors que l’intention des nazis était d’anéantir tous les prisonniers ainsi que toute possibilité de témoignage ; et comment le pouvoir nazi a en définitive « désubjectivé » des êtres humains. Agamben a montré comment en affamant « l’autre », en laissant cet « autre » atteindre la condition de Muselmann, le pouvoir gagne du temps. Il érige un « troisième domaine » entre la vie et la mort. La condition du Muselmann symbolise le triomphe du pouvoir sur des êtres humains, en les désubjectivant et en les réduisant à leur existence biologique. Le pouvoir les laisse survivre dans une condition de « vie nue ».

Bien qu’on soit tenté d’établir un parallèle avec le détenu syrien qui « déconnecte », qui en effet est désubjectivé, sa vie consciente étant séparée de sa vie biologique, la similarité s’arrête là. Il existe en effet de nombreuses différences entre le Muselmann d’Auschwitz et le détenu syrien « déconnecté ». La condition du Muselmann était accessoire à Auschwitz, dans la mesure où le projet tout entier était orienté vers l’annihilation, y compris de la possibilité de témoigner. En revanche, la condition du Syrien « déconnecté » joue un rôle central dans l’ensemble des rouages du régime syrien. L’image du « déconnecté » a pour fonction première de donner l’exemple. Il faut que cette image reste gravée dans la mémoire des survivants. Le témoignage des survivants constitue et complète la condition du « déconnecté ». Il n’y a pas de « déconnecté » sans survivant, ni survivant sans « déconnecté ». L’expérience du « déconnecté » doit être relayée par les survivants en liaison avec la détermination acharnée du régime d’inscrire la terreur dans l’esprit des Syriens.

D’autre part, la « muselmannisation » des détenus syriens illustre la manière dont le régime représente et se comporte dans l’espace politique syrien. Les instruments de pouvoir du régime n’ont pas pour priorité d’éliminer une catégorie de la population, mais visent plutôt à déposséder les citoyens de la capacité de développer dans un espace public quelque revendication politique collective d’opposition que ce soit, en réduisant les gens à un simple fait biopolitique ou en enrégimentant et en disposant à sa guise de la population. L’élimination au moyen du meurtre à échelle industrielle, de la destruction et du déplacement de populations n’est pas l’objectif du pouvoir, c’est seulement un moyen utilisé par le régime pour reconquérir et soumettre la société. Face à une mobilisation politique pacifique, le régime arrête les protestataires et les jette dans ses effroyables prisons, qui sont organisées de façon à déposséder les détenus de la conscience même de leurs droits politiques en les amenant à un état de « déconnexion », avant de rejeter quelques-uns parmi eux comme de simples déchets biologiques.

Peut-on établir un parallèle entre le traumatisme infligé aux corps des détenus dans les centres de détention syriens et celui infligé à la société syrienne, en tant que corps politique ? D’un côté, des corps sont soumis à la torture, de l’autre, des villes entières sont détruites ; d’un côté, des détenus sont amenés à être déconnectés, de l’autre, les espaces publics où des citoyens se rassemblent pacifiquement pour exprimer leurs aspirations politiques sont anéantis ; d’un côté, les corps de détenus sont éjectés, de l’autre, des civils sont déplacés. Il s’agit assurément d’une comparaison simpliste et insoutenable sur le plan théorique, mais elle exprime de manière saisissante la réalité de la tragédie syrienne, qui est fondamentalement marquée par l’écrasement systématique par le régime de tout mouvement civil pacifique pour les libertés politiques.

Source: La revue de l’Association Internationale de Sociologie, page 18.
http://isa-global-dialogue.net/wp-content/uploads/2014/06/v4i2-french.pdf

 

À propos de la mort syrienne…

Moustafa  Khalifé  « écrivain Syrien »

Traduit de l’arabe par  Racha Abazied

Texte du discours prononcé à Rome, le 28 février 2014  lors de la remise du Prix de la presse libre.

Le même texte « raccourci » était lu également  lors de la conférence sur la torture en masse à l’IMA à Paris, le 13 mars 2014

Moustafa Khalifé : Né en 1948 dans la région d’Alep, il a commencé des études de droit à l’université de Damas en 1973. Poursuivi par les services de renseignement à partir de 1977, et obligé de vivre en clandestinité, il n’obtiendra son diplôme qu’en 1997. Il est arrêté une première fois en 1979 et libéré en 1980. A partir de janvier 1981, il passera treize ans en prison jusqu’en octobre 1994. En 2005, il est obligé de quitter la Syrie. Il raconte sa détention dans un livre devenu une référence sur les prisons syriennes : La Coquille (Actes Sud, 2007 et en 2013)

Lire le texte ….

http://syriemdl.net/2014/03/26/a-propos-de-la-mort-syrienne/

 

© Ali Farzat
© Ali Farzat

Témoignage: Hasna, rescapée de l’enfer des geôles syriennes

VIDEO – Réfugiée en Jordanie, Hasna est l’une des rares à pouvoir témoigner des horreurs des prisons syriennes. A visage découvert, elle s’est confiée à BFMTV après avoir passé 16 mois en enfer.

K. L avec Caroline Mier | images Quentin Baulier 

Rescapée des geôles syriennes, Hasna est aujourd'hui réfugiée en Jordanie. (BFTMV)
Rescapée des geôles syriennes, Hasna est aujourd’hui réfugiée en Jordanie. (BFTMV)

« Ils m’ont suspendue en l’air, pendue par les bras pendant 18 jours ». Hasna est revenue des geôles syriennes et tient aujourd’hui à raconter les horreurs perpétrées par le régime de Bachar al-Assad, alors que le conflit en Syrie dure maintenant depuis plus de trois ans.

Arrêtée deux fois et détenue en tout 16 mois, parce qu’elle fournissait de la nourriture et des médicaments aux rebelles, son témoignage atteste de l’extrême cruauté des hommes du dictateur. Torturée à l’électricité, nue devant des hommes et des femmes, aspergée d’eau gelée en hiver, obligée de dormir au milieu de cadavres, brûlée… Elle a vécu l’impossible.

« Ils m’ont dit: on veut ton mari et tes fils et on veut les noms de tous les combattants de ton quartier », explique-t-elle, aujourd’hui réfugiée en Jordanie.

Lire la suite et voir la vidéo…

http://www.bfmtv.com/international/temoignage-hasna-rescapee-l-enfer-geoles-syriennes-736046.html

 

 

Syrie : les secrets de l’archiviste de l’horreur

Par Garance Le Caisne – Le Journal du Dimanche

 

Des manifestations de solidarité avec le peuple syrien ont eu lieu samedi dans le monde entier pour condamner un régime dont la torture est l’une des armes de destruction massive.

C’est un dossier de 54.000 photos de 11.000 corps suppliciés : cadavres faméliques, souvent nus, mains et pieds brûlés, visages sans yeux ou rongés par on ne sait quel produit chimique, marques de chaînes autour du cou… Un dossier de l’indicible transmis par un ancien agent du régime de Bachar El-Assad. Auteur de la plupart de ces photos, il a fait défection en juillet 2013 et porte le nom de code de César. Ce dossier est entre les mains d’experts de la justice internationale. Hassan Shalabi? l’un des deux activistes syriens qui ont permis son exfiltration, raconte en exclusivité au JDD.

Qui est César ?

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http://www.lejdd.fr/International/Moyen-Orient/Syrie-les-secrets-de-Cesar-l-archiviste-de-l-horreur-657290

 

Torture : les preuves par l’image

Par Jean-Pierre Perrin

RÉCIT

Exfiltré à l’étranger et tenu au secret, un ex-membre des renseignements syriens a rendu publiques 54 000 photos effroyables.

On ne sait rien de lui. Ni son nom, ni son âge, ni même le pays où il se cache. Il a simplement un pseudonyme : César. Seuls ceux qui ont réussi à l’exfiltrer hors de Syrie et quelques enquêteurs internationaux savent où se trouve sa planque. César est l’un des hommes les plus menacés au monde. Pour une bonne raison : c’est lui qui a dit l’indicible, l’a montré sous la forme de milliers de photos qu’il a lui-même prises en travaillant pour le régime de Bachar al-Assad dans l’un des 24 centres de tortures de Damas et de sa région. Au total, 54 000 clichés de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations. Des clichés qui témoignent d’une telle cruauté que David Crane, l’ex-procureur général du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et aujourd’hui principal enquêteur d’un rapport sur la torture en Syrie, a déclaré jeudi à Paris, qu’ils nous obligeaient «à croire l’incroyable».

 

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http://www.liberation.fr/monde/2014/03/14/torture-les-preuves-par-l-image_987303