Damascus dossier

Comment le régime d’Assad a dissimulé le sort de 160 000 détenus dans son appareil sécuritaire

Une enquête internationale d’investigation a révélé de nouveaux détails sur un système de mise à mort systématique mis en place par le régime déchu dans ses prisons, sur la base de plus de 134 000 documents secrets des services de renseignement.

Les documents et les photos, prises par des photographes militaires, montrent des corps de détenus numérotés et classés ; certains sont nus et portent des traces de famine et de torture. Les documents ont également mis en évidence une coordination entre les services de sécurité syriens et des alliés tels que la Russie et l’Iran, ainsi que des liens financiers avec des sociétés de sécurité loyales au régime, ayant reçu plus de 11 millions de dollars d’agences affiliées aux Nations unies.

L’enquête, connue sous le nom de « Dossier de Damas », s’appuie sur un ensemble de documents secrets des services de renseignement syriens obtenus par la chaîne allemande NDR et partagés avec le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ). Les investigations ont révélé le fonctionnement des appareils sécuritaires d’Assad et leurs relations avec des gouvernements étrangers et des organisations internationales.

L’ICIJ, NDR et 24 médias partenaires issus de 20 pays ont passé plus de huit mois à organiser et analyser les documents, consulter des experts et interviewer des familles syriennes cherchant toujours leurs proches disparus sous le régime Assad.

Les fuites comprennent plus de 134 000 fichiers, pour la plupart en arabe, représentant environ 243 gigaoctets de données. Ces documents couvrent plus de trois décennies, du milieu des années 1990 jusqu’à décembre 2024. Ils proviennent du renseignement de l’armée de l’air, de la Direction générale du renseignement et d’autres organes de sécurité, qui ont fait l’objet de lourdes sanctions américaines et européennes pour leurs pratiques brutales, incluant torture et violences sexuelles.

Les documents contiennent des notes internes, rapports et communications dévoilant les opérations quotidiennes du réseau de surveillance et d’arrestation du régime déchu d’Assad, ainsi que sa coordination avec des alliés étrangers comme la Russie et l’Iran, et ses interactions avec des agences de l’ONU opérant en Syrie. Les données sensibles incluent les noms d’anciens officiers des services de renseignement syriens.

En outre, NDR a obtenu et partagé avec l’ICIJ et ses partenaires plus de 70 000 fichiers et images, dont plus de 33 000 photos haute définition documentant la mort de plus de 10 200 détenus syriens, pour la plupart entre 2015 et 2024.

La machine sécuritaire de dissimulation du régime déchu

Les documents montrent une politique étatique systématique d’arrestations massives et d’exécutions. Sous Assad, le régime a arrêté et fait disparaître de force au moins 160 000 Syriens lors de la répression de la révolution syrienne.

Après la chute d’Assad en décembre 2024, les familles ont fouillé prisons et morgues à la recherche de traces de leurs proches disparus, examinant des inscriptions sur les murs de cellules, fouillant des fosses communes et comparant des restes de vêtements — souvent sans réponse.

Le « Dossier de Damas » révèle comment les responsables du régime déchu ont réduit la valeur de la vie humaine à de simples documents. La plupart des certificats de décès signés par des médecins des hôpitaux militaires de Harasta et de Tichrine — où les victimes de torture étaient transférées — mentionnent comme cause de mort un « arrêt cardio-respiratoire » ou un « arrêt cardiaque ».

Chaque dossier représente une famille laissée dans l’attente, une vie effacée, et un système conçu pour masquer des meurtres de masse derrière une façade bureaucratique. Grâce à cette base de données, les équipes d’enquête ont fourni des éléments permettant à des familles de connaître le sort de leurs proches.

Les photos divulguées constituent le plus grand ensemble d’images de détenus du régime syrien jamais obtenu par des journalistes. Elles ont été prises par des photographes militaires et montrent des détenus morts dans les hôpitaux et prisons du régime, leurs corps numérotés et enregistrés selon une procédure bureaucratique méticuleuse. Les photos incluent notamment celles du militant bien connu Mazen al-Hamadeh.

Des images que les Syriens n’avaient jamais vues

Une équipe de journalistes de l’ICIJ, de NDR et du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a mené une analyse approfondie d’un échantillon de centaines de photos. L’analyse montre que la plupart des victimes présentaient des signes de famine et de violences physiques, et que beaucoup étaient nues. Les images révèlent que les corps, après la mort, étaient transportés, photographiés et documentés.

Le numéro du détenu était souvent placé sur une carte blanche posée sur le corps, inscrit au marqueur sur un bras, une jambe, le torse ou le front, ou ajouté numériquement sur la photo. Le photographe militaire, portant un couvre-chaussures ou des bottes en caoutchouc, prenait plusieurs clichés du corps sous différents angles, puis les archivait dans des dossiers numériques parfaitement organisés.

Au cours de l’enquête, l’équipe a appris que ces photos avaient été transmises séparément aux autorités allemandes, qui mènent les poursuites contre d’anciens membres du régime Assad, et qu’elles sont actuellement conservées par la « Syrian Center for Legal Studies and Research », une ONG allemande documentant les violations des droits humains.

L’ICIJ et NDR ont extrait les noms des victimes et NDR a transmis les informations à trois organismes pour aider les familles à identifier leurs proches : l’Institution indépendante pour les personnes disparues en Syrie (ONU), le Réseau syrien des droits de l’homme et l’initiative « Taafi » de soutien aux survivants de la détention et de la torture.

Comment le régime déchu a profité des fonds onusiens

Les documents montrent également comment le régime Assad a tiré parti de ses relations avec les agences onusiennes chargées de fournir une aide aux Syriens. Pendant la guerre, ces agences ont versé au moins 11 millions de dollars à une société de sécurité syrienne privée chargée de protéger les bureaux de l’ONU — une société qui s’avère aujourd’hui appartenir aux services de renseignement du régime déchu et être contrôlée par eux.

En dépit d’avertissements lancés en 2022 par des organisations de défense des droits humains sur les liens de cette société avec le régime, les contrats ont été prolongés de deux années supplémentaires, injectant des millions de dollars dans les mêmes appareils accusés de torturer et tuer des Syriens.

L’une des notes obtenues par le « Dossier de Damas », signée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Fayçal Mekdad, montre que le régime s’attendait à ce que les employés des sociétés de sécurité syriennes surveillent le personnel de l’ONU au profit du renseignement syrien.

Le « Dossier de Damas » dévoile la structure détaillée des chambres de torture du régime Assad et apporte de nouvelles preuves montrant que les institutions sécuritaires d’Assad fonctionnaient comme une machine unifiée de mise à mort — et comment l’indifférence internationale, les systèmes d’aide corrompus et les flux financiers ont contribué à sa continuité.

Source : ICIJ du 4 décembre 2025 par Whitney Joiner

An 1 de la Liberté en Syrie

Communiqué

Le 8 décembre 2024, nous fêtions la chute du régime sanguinaire de Bachar El Assad, qui a gouverné par la terreur en massacrant sa population et en recourant de manière systématique et institutionnalisée aux méthodes de torture les plus barbares.

Nous avons été remplis de bonheur, d’espoir, mais bien évidemment d’interrogation car nous savions que le groupe rebelle islamiste HTS, artisan de la chute du régime, ne correspondait pas aux concepts de Liberté, Justice et Démocratie que Revivre depuis plus de 20 ans plaide pour le peuple syrien.

Il y a 14 ans, les Syriens sont descendus dans la rue par millions, dans toutes les villes, pour exiger leur droit à la liberté et à la démocratie après des décennies de dictature.

La seule réponse du pouvoir à ces manifestations pacifiques fut – avec l’aide de la Russie de Poutine, de la République Islamique d’Iran et du Hezbollah – une répression meurtrière amenant légitimement le peuple syrien à résister par la lutte armée.

Les résultats de cette politique de terreur, ce sont plus de 500.000 morts, des dizaines de milliers de disparus, des dizaines de milliers de tués sous la torture, 7 millions de syriens réfugiés.

Après, 55 années de dictature et d’oppression des Assad, les Syriens souhaitent une transition guidée par la volonté de réconciliation et de pacification dans le respect des droits des syriennes et des syriens, quelle que soit leur communauté ou leur religion.

Les Syriens sont dans l’attente que la justice soit vraiment rendue pour les centaines de milliers de victimes de l’ancien régime d’autres organisations et milices de toutes sortes, mais aussi pour les victimes des graves exactions commises depuis le début de l’année (en mars sur la côte Ouest) et plus récemment dans la région de Souweida.

Cela fait maintenant 12 mois que le nouveau gouvernement de transition est en responsabilité d’un pays détruit, financièrement exsangue, fractionné et soumis à des tentatives de déstabilisation de l’intérieur comme de l’extérieur.

La levée définitive de toutes les sanctions économiques est nécessaire au redressement du pays.

En cet anniversaire du 8 décembre 2024, le chemin parcouru est conséquent, chaotique, et beaucoup reste à faire pour rassurer la population.

Nous avons le devoir de soutenir l’avenir d’une Syrie libre, unie, souveraine, stable, diverse et démocratique .

La Syrie n’est pas encore une démocratie, mais ce n’est plus une dictature.

Edito Newsletter 29

Octobre 2025

! Des braises attendent les vents mauvais…

Ce lundi soir du 6 octobre dernier, les FDS[1] ont attaqué des postes de contrôle du nouveau régime dans le quartier Cheikh-Maqsoud d’Alep. Rafales de mitraillettes et pilonnages aux mortiers se sont déversés dans la nuit[2]. Au même moment et à proximité, les responsables de Créative Memory for Syria préparaient l’organisation des tables-rondes « Survivor Witnesses » au musée d’Alep, en souvenir des détenus et disparus sous le régime de Bachar El-Assad. « Coups de feu… bruits d’explosions ou d’artillerie. Terrifiant. Couvre-feu en vigueur. Je suis en sécurité. »[3]

Actuellement, il y a d’un côté le langage des armes (souvent de milices incontrôlées et de militaires mal encadrés) qui tuent odieusement et de l’autre, des mots qui tentent de réparer les relations humaines ; parallèlement, des délégations étrangères défilent dans le pays pour participer à la reconstruction des infrastructures du pays et faire des affaires[4]. Voilà les trois tendances qui traversent la vie des quartiers, des villes, des régions, et de la Syrie toute entière.

Réouvrir la Citadelle d’Alep, produire plus d’électricité, relancer l’exportation du pétrole syrien, faire accoster des cargos de blé à Lattaquié, négocier un grand nombre d’accords économiques, etc. sont des signes très encourageants pour l’amélioration – indispensable – des conditions de vie de la population. Beaucoup sont au chevet du relèvement de l’économie du pays.

Malheureusement, cela n’effacera pas les rancœurs, les dénis et les haines – profondément ancrées – qui sont des braises qui attendent les vents mauvais…

Dans ce contexte les démocrates syriens et les bailleurs internationaux ne sont pas encore rassurés. Parmi d’autres, quatre situations illustrent leur inquiétude :

  • La conservation des traces et des preuves des crimes de Bachar El-Assad est en cours : les charniers sont recensés, des expositions sur les détenus et disparus sont réalisées, des associations de défense des droits humains collectent des témoignages, des organisations internationales peuvent enquêter sur les prisons et les disparus, etc. tout cela grâce au faible moyen de la société civile, … mais sans le soutien franc et massif du régime.
  • Le nouvel État doit être exemplaire pour établir la confiance. C’est ce qui ressort des rapports officiels de la commission d’enquête sur les massacres du mois de mars dans la communauté alaouite. Mais on attend encore les condamnations des commandants qui ont laissés faire ces massacres, ainsi que ceux de la région de Souweida (juillet). Les Syriens espèrent que ces rapports seront suivis d’effets, de façon transparente.
  • La très faible représentation des femmes et des minorités dans la première phase de l’élection-nomination (atypique[5]) de l’assemblée constituante, qui vient d’avoir lieu sur une partie du territoire, sera-telle corrigée drastiquement par les prochaines 70 nominations du président de la transition ?
  • La visite d’Ahmed El-Charaa au principal associé du « boucher de Damas » à Moscou réveille les traumatismes de ceux qui ont survécu à ses bombardements. Comment peut-il demander timidement l’extradition de Bachar Al-Assad sans exiger aucun compte des crimes de Poutine, son principal complice ? Redresser l’économie de la Syrie est-il plus important que le respect de toutes les victimes qui ont combattu le clan Bachar et l’armée russe ?   

Après tant d’années d’innombrables violations – odieuses – de la personne humaine, l’avenir de la Syrie ne peut pas dépendre de la brutalité de la force armée lors de la prochaine convulsion inter-communautaire qui ne fera que dégrader plus profondément la confiance générale.

Tout ce qui concourt au dialogue, à l’écoute, à la santé mentale, à l’expression de la vérité, à la manifestation de la justice, à la lutte contre la corruption, à la justice transitionnelle, à l’inclusivité, à la réparation, etc. doit mobiliser TOUS les moyens de l’État, avec l’aide des bailleurs internationaux et l’appui des associations locales.

Le retour sur investissement sur le respect de la personne humaine sera long, mais c’est la condition essentielle pour que la Syrie revive vraiment, dans sa diversité, sans répétition des crimes.

Frédéric Anquetil

Secrétaire Général de Revivre


[1] FDS : Forces Démocratiques Syriennes liées aux unités kurdes

[2] Deux morts : un membre des forces de sécurité intérieur du nouveau régime et un civil qui n’avait rien demandé. Des blessés dans tous les camps et chez les civils. Des dizaines de familles ont fui ces quartiers. Le siège du quartier kurde par le nouveau régime serait à l’origine de ce déchaînement de violence ?

[3] Message de Sana Yazigi le 6 octobre à 21h sur les réseaux sociaux

[4] Quelques jours avant cet incident, c’est un forum économique franco-syrien qui se réunissait à Damas.

[5] Un comité suprême de onze personnes nommées par le président de la transition a désigné des sous-comités dans chaque district qui détermine le collège électoral. Ce collège électoral a désigné 140 députés pour siéger au Parlement. Les 70 autres députés seront désignés directement par le Président. En l’absence de recensement et de document d’identité pour un grand nombre, et face à la grande dispersion de la population, cette méthode a le mérite d’être opérationnelle dans cette période de grande fragilité de la situation.

Edito Newsletter 28

De folles attentes … face au mur des réalités

Le rêve de démocratie qui fut autrefois le moteur de la lutte contre Bachar El Assad était (est ?) redevenu imaginable, mais il se prend le mur des réalités cruelles d’une Syrie détruite, désunie et déstructurée, matériellement et humainement. Après tant d’années de déceptions, de rancœurs, de haines, de mutismes, de douleurs, de frustrations, de méfiances, de doubles vies, de retournement d’alliance, de désespérances, de morts… les folles attentes de ce rêve initial peinent à se concrétiser. L’impatience est légitime.

La Syrie est une grande mosaïque communautaire politico-religieuse, fissurée de toutes part, dans laquelle chaque groupe, chaque tendance, chaque individu, espère voir émerger au plus vite son propre idéal dans les décisions du nouveau régime. Pour certains, le régime évolue vers un islam très rigoureux (« et bientôt une nouvelle dictature »), quand d’autres s’accrochent aux – insuffisants –  signaux d’inclusivité.

C’est bien connu, on parle plus souvent des trains qui n’arrivent pas à l’heure. En Syrie on parle beaucoup des nominations et des alliances de ceux qui furent – dans un passé que personne n’oublie – plus ou moins compromis avec le régime de Bachar Al Assad ou avec des jihadistes, et on commente abondamment les décisions peu démocratiques et/ou mal exécutées. Et malheureusement, les massacres font le gros de l’actualité, alors que beaucoup d’initiatives constructives avancent, à (très) bas bruit, sans faire l’actualité.

Il y a trop d’assassinats[1] et d’enlèvements commis par des groupes incontrôlés, les uns sectaires, les autres plus ou moins mafieux. C’est malheureusement le tribut de toutes les périodes post-conflits dans un pays dévasté[2]. Et on ne peut douter de l’activisme de la Russie, de l’Iran, des extrêmes droites, des pro-Bachar, des mafias, etc. qui parient sur le chaos. Quand il s’agit des comportements scandaleux de membres des troupes gouvernementale, l’abîme n’est pas loin. Avec une population qui a faim, chaque étincelle peut déclencher un désastre. A cela s’ajoute le jeu trouble d’Israël qui abuse d’un pays à terre. La théorie du chaos est parfaitement illustrée : dans un système instable, un évènement insignifiant peut déclencher une tornade. On y est.

L’État doit prendre au sérieux les rancœurs de tous bords, purger sa troupe des éléments incontrôlables et établir la sécurité – pour tous – au plus vite. La nouvelle Syrie ne peut être la continuation de la violence banalisée par le clan Assad sous d’autres étiquettes … rivales.

Les démocrates syriens ont été complètement surpris par le succès de HTC (aidé de son allié turc), et étaient dans l’expectative, jusqu’alors. En fait, aucune force politique n’était vraiment prête à gérer la Syrie après le 8 décembre. Pas même HTC qui tente de rattraper son retard grâce à sa position dominante au sommet de l’État.

Aujourd’hui dispersées politiquement, et extrêmement éparpillées géographiquement du fait de l’exil dans le monde entier, les forces politiques qui défendent la liberté, la justice et la démocratie vont devoir s’organiser à l’intérieur – comme à l’extérieur – de la Syrie pour espérer peser dans les décisions, aujourd’hui et demain. C’est urgent.

Frédéric Anquetil

Secrétaire Général de Revivre


[1] Déclaration de Revivre concernant le massacre dans l’Église St Elias à Damas le 2 juin 2025, et déclaration de Revivre concernant les massacres de juillet dans le sud de la Syrie.

[2] En France, l’épuration extra-judiciaire à la sortie de l’occupation allemande (qui a duré 4 ans), a entraîné la mort d’environ 9 000 personnes durant la première année (dont 30% par des résistants). Cela reste la partie honteuse de la Libération, mais il ne s’agissait pas de violence intercommunautaire sur base religieuse.

Plus de sang, plus de haine – Nous sommes tous Syriens et Syriennes.

Communiqué : Paris le 23 juillet 2025

Le drame de Soueida : vers un cessez-le-feu fragile et un avenir incertain

Depuis le 13 juillet 2025, la province de Soueïda est le théâtre d’affrontements d’une violence inédite entre milices druzes, tribus bédouines et forces de sécurité du gouvernement transitionnel syrien. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le bilan humain est tragique : plus de 1 120 morts recensés au 20 juillet, dont 516 entre le 13 et le 17 juillet. De nombreux villages ont été incendiés et des centaines d’exécutions sommaires ont été rapportées, des victimes civiles des deux côtés.

Un cessez-le-feu, négocié sous l’égide des États-Unis, de la Turquie et de plusieurs pays arabes, est entré en vigueur le 19 juillet. Il a permis l’évacuation de quelque 1 500 civils bédouins vers Deraa sous escortes sécurisées et la reprise partielle de l’aide humanitaire. Cependant des épisodes de violence sporadiques persistent, avec des expulsions des familles bédouines et des exécutions sommaires documentées, malgré l’intervention de l’appareil sécuritaire du nouveau régime.

Parallèlement, Israël a mené des frappes aériennes ciblant des positions militaires syriennes à Soueïda et Damas, invoquant comme prétexte la protection de la minorité druze. Il apparaît que ces frappes ont visé le ministère syrien de la Défense et des bases militaires syriennes le 16 juillet. Ces frappes ne font que radicaliser les Syriens à l’égard d’Israël.

Un cessez-le-feu Israël–Syrie a été établi sous médiation américaine.

Une crise humanitaire d’ampleur

L’afflux de milliers de déplacés – plus de 128 500 personnes – a engendré une crise humanitaire sévère : routes coupées, hôpitaux saturés, services publics au bord de l’effondrement. Malgré l’arrivée des premiers convois d’aide sur site, la situation reste instable et alarmante.

En parallèle, d’autres violences ont ensanglanté la Syrie ces derniers mois :

  • En mars 2025, plus de 1 400 personnes, civils et militaires confondus, ont été tuées dans la zone côtière lors d’une attaque menée par des miliciens Alaouites affiliés à l’ancien régime de Bachar Al-Assad contre des soldats du gouvernement transitionnel. Cette attaque a déclenché une vague de violences sectaires d’une extrême intensité, non ordonnée par les autorités actuelles. Il s’agit là de l’épisode le plus meurtrier depuis la chute d’Assad.
  • En mai 2025, à Jaramana et Achrafiah’Sihnayah, en banlieue de Damas, un message blasphématoire non vérifié a provoqué une flambée de violences entre miliciens druzes et forces de l’ordre, entraînant la mort de plus de 100 personnes. Cet incident témoigne de la fragilité extrême du climat intercommunautaire et de la dangerosité des rumeurs dans un contexte de tension exacerbée.
  • Le 22 juin 2025, un attentat-suicide à l’église orthodoxe grecque Saint‑Élie a causé 25 morts et 63 blessés.

Cette montée de violences intercommunautaires fragilise toute perspective de paix durable, et met gravement en péril la cohésion sociale syrienne et les efforts de réconciliation.

Réactions internationales

Sur le plan régional, la Turquie, via son ministre des Affaires étrangères, a averti qu’elle interviendrait contre toute tentative de partition de la Syrie, accusant Israël de vouloir déstabiliser le pays en attisant les tensions entre Druzes et Bédouins.

Du côté occidental, les États-Unis ont exprimé une forte préoccupation. Le sénateur Marco Rubio annonce un appui diplomatique renforcé, tandis que l’envoyé spécial Tom Barrack confirme son rôle actif pour consolider le cessez-le-feu et dénoncer l’intervention israélienne, jugée contre‑productive.

Pour une paix juste et durable en Syrie

Il est impératif que :

  • Tous les responsables de massacres, d’exactions et de violences contre les civils soient traduits en justice, sans distinction de camp ou de confession.
  • Un véritable processus de justice transitionnelle soit mis en œuvre, fondé sur des principes d’indépendance, de transparence et de représentativité.
  • Les Syriens et Syriennes, quelles que soient leur origine ou leur foi, puissent enfin voir se concrétiser leur aspiration légitime à une Syrie libre, unie, plurielle, stable et démocratique.

Sans justice, il ne peut y avoir de paix durable. Sans reconnaissance des torts, il ne peut y avoir de réconciliation.

Il est temps d’engager un processus sincère de vérité, de réparation et de refondation nationale, afin que chaque Syrien et chaque Syrienne puisse vivre en sécurité, dans la dignité et la paix dans une Syrie libre, unie, plurielle, prospère, stable, souveraine et démocratique.

Attentat odieux dans une église de Damas

Une société syrienne qui fait preuve d’une remarquable maturité

Déclaration Revivre le 30 juin 2025

Dans notre communiqué du 10 mars 2025, nous écrivions : « Les vautours rodent au-dessus du peuple syrien ». Dimanche 22 juin, ils ont plongé sur leur proie, lors d’un attentat suicide dans l’église grecque-orthodoxe Saint Elie du quartier de Dwelaa, faisant 25 morts et 63 blessés. Cette tuerie est attribuée à l’organisation État islamique (EI). Le président syrien, Ahmed Al-Charaa, a promis de traduire en justice les personnes liées à cet odieux attentat, tandis que le Ministère de l’Intérieur informait que le chef de la cellule et cinq membres avaient été arrêtés, et deux autres tués.

Revivre partage la peine et l’inquiétude des familles et des proches de toutes ces victimes civiles. C’est la première fois depuis très longtemps que la communauté chrétienne est spécifiquement menacée (c’est la première fois que cela atteint un lieu de culte depuis la chute de Bachar Al-Assad, après l’échec d’un attentat déjoué dans un mausolée chiite). Le choix du lieu n’est pas anodin, il vise à la fois le régime (que l’EI considère comme insuffisamment rigoriste) et indirectement l’occident chrétien qui renoue avec la Syrie du nouveau régime.

Alors que dans le quartier chrétien de Bab Touma à Damas, lundi soir, des centaines de manifestants ont scandé « Gloire au Christ » et « le sang des Chrétiens est précieux », sans le moindre incident, le grand Mufti de Syrie Oussama al Rifaï, rejetant toute attaque contre les lieux de culte, exprimait ses condoléances aux familles des victimes. La majorité des Syriens n’est pas dupe de ces tentatives de déstabilisation.

Les réactions immédiates venant de la communauté internationale sont encourageantes. La France a rappelé aussitôt « son engagement en faveur d’une transition en Syrie qui permette aux Syriens et aux Syriennes, quelle que soit leur confession, de vivre en paix et en sécurité dans une Syrie libre, unie, plurielle, prospère, stable et souveraine » ; ce à quoi Revivre s’associe pleinement.

Il est malheureusement probable que cet attentat ne sera pas le dernier atteignant un symbole national. La sécurité est vraiment l’un des plus grands défis pour les nouvelles autorités syriennes. Pour cela, nous les invitons à ne pas négliger l’aide ponctuelle de pays étrangers (financements, formation, matériels, renseignements) pour lutter – souverainement – contre le fléau de ces extrêmes qui sont à l’affût, tant les vautours sont nombreux.

Il est impératif de réussir les débuts de cette transition vers une Syrie Libre et Démocratique.

Témoin de justice : en quête de responsabilité et de justice en Syrie – quoi faire ?

le 28 mai 2025 – Paris

Un groupe diversifié de parties prenantes – dont des ONG, des défenseurs des droits de l’homme, des experts juridiques, des représentants politiques et des décideurs – se joint à nous aujourd’hui à la Ville de Paris pour discuter de l’avenir de la justice et de la responsabilité en Syrie.

A diverse group of stakeholders — including NGOs, human rights advocates, legal experts, political representatives, and policymakers — joins us today at the City of Paris to discuss the future of justice and accountability in Syria.

تنضم إلينا اليوم في مدينة باريس مجموعة متنوعة من الأطراف المعنية — من منظمات غير حكومية، ومدافعين عن حقوق الإنسان، وخبراء قانونيين، وممثلين سياسيين، وصنّاع سياسات — لمناقشة مستقبل العدالة والمساءلة في سوريا

Partners/Orgs:

  • @CaesarFiles
  • @ACHR 
  • @Revivre_FR 
  • @CityOfParis 
  • @Genevieve_Garrigos 

Newsletter 26

La nouvelle Syrie marche sur des œufs, … mais elle marche

Depuis 5 mois, les Syrien-ne-s vivent dans un entre-deux, sortant d’un passé épouvantable et étouffant, et avançant lentement à la fois hébété et dans une joie indicible, vers un avenir incertain qui peut basculer, d’un coup ou lentement, vers le meilleur ou vers le pire.

Les massacres du début mars 2025, déclenchés par une tentative d’insurrection des fidèles de l’ancien régime de Bachar Al-Assad auxquels des milices islamistes ont répondu par une vengeance aveugle inhumaine, sont un avertissement : ce qui était probable, est malheureusement advenu. Plus récemment, les attaques contre des druzes à partir de la propagation d’un message blasphématoire faussement attribué, a dégénéré en combats entre des factions armées diversement affiliées… Il ne suffit que d’une rumeur ou d’un conflit très localisé pour que la situation s’emballe aussitôt et dégénère. La preuve est ici faite que la nouvelle Syrie marche sur des œufs, … mais elle marche… certes avec difficulté.

Les nouvelles autorités – en sous-effectif de personnel compétent – reconstruisent un tissu de relations pour refaire Nation, et pactise avec tous les pays voisins pour attirer les partenariats et obtenir la levée des sanctions internationales. En imposant des conditions préalables disproportionnées qui vont différer durablement la levée des sanctions, les Syriens progressivement aigris ne risquent-ils pas d’être poussés dans les bras de tous ces groupes sectaires ou extrémistes plus ou moins en veilleuse. Malgré les nombreux signes d’ouverture posés par le nouveau régime en quelques mois (certes tout n’est pas parfait), il n’y en a pas encore assez pour plaire à la plupart des chancelleries. A partir de quand la France ouvrira-t-elle son ambassade pour manifester son appui aux forces de la liberté et de la démocratie, que portent des réfugiés syrien-ne-s sous protection internationale de la France ?

Les amis de l’ancien régime de Bachar – y compris en France où ils sont nombreux – ne manquent pas de taper sur les nouvelles autorités à la moindre occasion, de demander à El-Charaa un certificat de déradicalisation, de grossir le moindre évènement qui alimente leurs thèses, de diffuser de fausses informations, de semer la peur, etc. On n’en demandait pas autant quand ces nombreuses délégations politiques négociaient la normalisation des relations avec Bachar Al-Assad.

Pendant que les nouvelles autorités engagent des concertations et des accords avec un grand nombre d’institutions, la société civile syrienne fourmille d’une grande quantité d’initiatives, de toute nature, le plus souvent en étroite relation avec sa vaste diaspora de réfugié-e-s.

N’est-ce pas cette société civile qui a facilité la prise de pouvoir par la modeste troupe armée de HTC en décembre 2024 (certes bien coordonnée) ? N’est-ce pas elle qui périodiquement parvient à bloquer certaines décisions radicales de HTC ? N’est-ce pas elle qui s’est aussitôt préoccupée du sort des détenu-e-s et des disparu-e-s ? N’est-ce pas elle qui s’auto-organise dans les hôpitaux, les écoles, dans la vie de quartier, etc. pour compenser l’absence d’Etat ? N’est-ce pas l’image de sa vivacité qui devrait retenir l’attention des chancelleries ?

La chance de la nouvelle Syrie – dans cet entre-deux très incertain – est sa société civile associée à son énorme diaspora qui s’est formée dans les pays de refuge. C’est sa force ; c’est peut-être son ultime assurance-vie face aux erreurs du nouveau régime, aux lourdeurs des institutions internationales, aux agressions sporadiques des anciens amis de Bachar, aux pays voisins semeurs de chaos et aux reliquats de milices islamistes.

Que l’on arrête de souffler sur les braises encore chaudes de 54 ans de dictature et de divisions ! 

Aidons cette société civile à traverser cet entre-deux vers une Syrie Libre et Démocratique. 

Frédéric Anquetil

Secrétaire Général de Revivre