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LES DISPARITIONS FORCÉES, … UN FARDEAU POUR DES DIZAINES D’ANNÉES
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« Un jour des années 1970, le père (journaliste) d’une amie syrienne, dont la famille s’était réfugiée au Liban, a disparu. L’absence de nouvelles a miné sa famille pendant des mois. Ils l’ont cherché partout, utilisé tous leurs contacts, en espérant obtenir une information. La situation était devenue désespérée. Quand, un jour, un parent entend la voix du père dans un local annexe d’un tribunal syrien. C’est donc par hasard qu’il a pu être retrouvé. »
Cette l’histoire de disparition qu’on m’a racontée se finit par un moindre mal, contrairement aux dizaines de milliers d’autres dont les traces de vie sont minces, éparses, ou complètement disparues à ce jour. Le trouble de la « mort ambigüe » » (terme attribué au trauma de la disparition d’un proche) a été vécu durant toutes les années des régimes Assad (père et fils) par des millions de Syriens, touchant un grand nombre de familles. Aujourd’hui, alors que toutes les prisons de Syrie ont été ouvertes, l’absence de traces des disparus ronge les proches qui ne peuvent faire leur deuil. Leurs vies entières seront ravagées par l’absence. Les Syrien-ne-s vont porter ce fardeau pendant des dizaines d’années.
Les chiffres sont effarants : 130 000 disparitions forcées[1] sont recensées. Le chiffre de 200 000 circule dès qu’on intègre les disparitions survenues au cours de leur fuite du pays, jusqu’à 300 000 selon certains rapports[2]. La Syrie des Bachars est loin devant la Colombie (200 000), le Mexique (128 000),
le Sri Lanka (+ de 60 000), l’Argentine (30 000), l’Algérie (entre 6 000 et 17 000 au cours de la décennie noire) et les pays voisins le Liban (+17 000), et récemment Gaza, etc.
Des dizaines de milliers de Syriens y ont été impliquées de près ou de loin ; ils sont si nombreux qu’il est impossible pour un système judiciaire d’enquêter et d’en juger la totalité[3]. Ce n’est pas surprenant qu’aujourd’hui encore, des
personnes (quelle que soit leur délit présumé ou le crime qui leur est reproché) disparaissent parfois quelques jours (c’est déjà beaucoup trop) ou à jamais.
La disparition forcée est une arme redoutable, utilisée par toutes les dictatures, étatiques ou non, pour semer la terreur et écraser toute forme d’opposition. C’est la signature de l’absence d’État de Droit (avec une justice indépendante qui fonctionne correctement).
La solution n’est pas de mettre la poussière sous le tapis (le terme de « poussière » n’est pas du tout adapté pour parler de disparitions forcées mais gardons l’adage), car ce faisant la « poussière » ressortira tôt ou tard, et sans prévenir.[4]
Avec la Fédération Euro-Méditerranéenne contre les Disparitions Forcées, et à l’occasion de la journée mondiale de l’ONU contre les disparitions forcées, Revivre appelle la Syrie à faire le maximum pour cicatriser ces plaies, et mettre en place les protections indispensables pour éviter le retour de cette forme de terreur.[5]
Frédéric ANQUETIL Secrétaire général de Revivre
[1] « On parle de « disparition forcée » lorsqu’une personne est arrêtée, placée en détention ou enlevée par les autorités d’un État, par des groupes armés non-étatiques ou des personnes agissant avec leur autorisation, et que l’arrestation ou le lieu de détention sont tenus secrets ». Source : Amnesty International
[2] https://www.franceinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/en-syrie-une-commission-estime-que- 300-000-personnes-pourraient-avoir-disparu-depuis-1970_7442953.html
[3] L’Allemagne a été confrontée à cette situation après 1945. Des millions des personnes ont été évaluées, des milliers ont été jugés, et il a fallu abréger car il fallait instamment relancer l’économie du pays bloquée par la disgrâce de centaines de milliers d’allemands. Livre : La dénazification – Auteur collectif piloté par Marie-Bénédicte Vincent – Edition Poche – 2008
[4] Une amnistie rapide à la chilienne n’est pas la solution,… les disciples de Pinochet sont aujourd’hui de retour au pouvoir.
[5] Il faut souhaiter que la Commission nationale pour les personnes disparues et victimes de disparitions forcées (créée en mai 2025) conduira la Syrie à adhérer à la Convention Internationale contre les Disparitions Forcées.