Edito Newsletter 33

LE PAYS RÉCUPÈRE SES ENFANTS !

Pour la première fois depuis des décennies, de jeunes Syriens ressentent la responsabilité de rebâtir leur pays, avec désormais un sentiment d’appartenance nationale jamais vécu auparavant.

Concerts (même dans les parcs)[1], expositions artistiques et photographiques, cercles de discussion[2] regroupant des personnes venant de tout le pays, signature de livres[3] dans des lieux improvisés…

Les différentes ligues des victimes et des disparus[4] coordonnent leurs efforts, partagent leurs bases de données et interviennent auprès des commissions nationales[5] afin de donner leurs points de vue concernant le traitement des dossiers des disparus et de la justice transitionnelle. Ce faisant, elles consacrent le rétablissement de l’État que ce soit en matière de droit ou en matière d’exercice de la citoyenneté afin que la loi soit appliquée à tous, sans exception. Lorsque des manifestants se font attaquer par des groupes radicaux liés aux nouvelles autorités[6], ils font généralement recours à la justice. En effet, les militants rassemblés devant le parlement pour protester contre le massacre à Soueida[7] et qui avaient été attaqués le 18 juillet 2025 par des inconnus pro- régime ont porté collectivement plainte pour violence contre une personne identifiée dans les vidéos qui avaient circulé sur les réseaux sociaux[8].

La population a dénoncé dans divers cas d’anciens bourreaux, d’anciens informateurs et d’anciens criminels[9].

Des dizaines d’associations et collectifs, dont plusieurs existaient clandestinement avant la chute d’Al Assad, ont tenu à avoir un statut légal et font des activités remarquables[10]. La société civile fait d’énormes efforts pour se faire entendre dans les quatre coins du pays, prônant la paix civile, la formation de syndicats indépendants du pouvoir, la reconstruction (dans ses deux volets : matériel et humain). Des hôpitaux et des écoles sont restaurés et équipés par des expatriés ou d’anciens expatriés ou déplacés[11], retournés dans leurs localités.

Ce panorama très réduit est basé sur des constatations personnelles de terrain et non sur ce que publient les réseaux sociaux[12].

S’il y a un espoir pour que la Syrie revienne un jour au rang des nations apaisées, il est bien basé sur les efforts déployés par ses enfants.

Randa BAAS Administratrice de Revivre

[1] Syrien N’est fait à Doumar, près de Damas : (11) Manzoul منزول – بالتعاون مع Syrien n’est الجیران نزلوا ع » ,Facebook, (4) Instagram, concerts dans le jardin de Jahez | …وبدعم من السفارة fait YouTube, exposition des Creative – الصوت ».. حفل موسیقي في حدیقة الجاحظ بدمشق #موسیقى_للجمیع Memory for Syria qui continue sa tournée après Damas, Alep, et Idlib et à Lattaquié en ce moment.

[2] Tels que le Forum Salameh Keileh, celui de Riad Seif, Forum Nissan à Jaramana, etc.
[3] À titre d’exemple, l’écrivain et traducteur Odaï Zo’bi a signé dernièrement son dernier livre à Doumar, à Dareya et à Tartous.
[4] Familles de César, Families for Freedom, Fédération Syrienne des droits humains, Comités de Défense des Libertés Démocratiques et des Droits de l’Homme en Syrie, Conseil de la Femme Syrienne, Syrians for Truth and Justice, The Syria Campaign, Association des détenus et de disparus de Sednaya, Women Now for Development, Syrian Center for Media and Freedom of Expression…
[5] Commission Nationale pour les disparus et Commission Nationale de Justice Transitionnelle.
[6] Manifestations contre diverses décisions relatives à la vie chère, pour demander l’application de la loi, pour la dignité, telle celle appelée « Loi et dignité » devant la préfecture de Damas du 17/04/2026.
[7] 1113620-774916626.jpeg (1368×911).
[8] La journaliste Zeina Shahla a été filmée lors de son agression verbale The verbal assault on journalist Zeina Shahla is a dangerous indicator of the state of freedoms in Damascus. –

. تیار المستقبل السوري
[9] Quelques noms : Atef Najib, Amjad Youssef, certains responsables des services secrets de l’ancien régime.
[10] Telles que Bidayetna, The Day After, Women Now for Development, Rethink Rebuild Association…
[11] La création de l’Ecole Professionnelle de Palmyre que Revivre soutient n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres : hôpital de Ma’arrat al No’man, hôpital de Jisr al Choghour, hôpital al Walid à Homs, hôpital de Tadmor (Palmyre)…
[12] Sur les réseaux sociaux circulent beaucoup d’informations qui grossissent ou déforment des évènements, dont le but est surtout de nuire au ou aux activistes démocrates et au régime actuel qui, certes, ne fait pas une transition sans faute, mais relativement à la situation politique du pays extrêmement compliquée, parvient à améliorer le climat de confiance (on part de très loin).

Edito Newsletter 32

LA SYRIE RÉSISTERA-T-ELLE À LA GUERRE À SES PORTES ?

La Syrie n’avait pas assez de problèmes intérieurs à gérer … Voilà que la guerre rode à ses portes, au sud de Souëida, dans le Golan, aux frontières de l’Irak, etc. L’ennemi Hezbollah qui a fui la Syrie de al-Charaa vers le Liban, cherchent à y revenir, motivant un amas de troupes syriennes à la frontière sud pour les empêcher de pénétrer. Sur le flan Est, c’est le Hezbollah irakien qui tente d’ouvrir une route vers le Liban pour y convoyer des armes, et contraint la Syrie de renforcer la protection de sa frontière est. Le Hezbollah cherche une terre d’accueil pour survivre au déchaînement de feu qu’il a déclenché au Liban. Va-t- il aussi embarquer la Syrie dans cette guerre régionale … qui n’est pas la sienne ?

Il est à craindre que des groupes armés opposés au nouveau régime soient prêts à profiter de la dispersion des moyens de l’armée syrienne pour semer le désordre en vue de reprendre la main sur le destin de la Syrie post Bachar qui ne leur convient pas. Des pays étrangers ne seront pas mécontents de les rejoindre pour ajouter du chaos au chaos ambiant.

Le gouvernement de transition en profitera-t-il pour instaurer un régime d’exception ? Israël agrandira-t-il la zone qu’il a déjà annexée avec ses appuis locaux ? Le régime iranien qui sera peut-être sauvé grâce à une paix pétrolière qui ignore les appels à la démocratie de sa population, réarmera-t-il aussitôt tous ses proxy ? Des Kurdes en profiteront-ils pour reprendre la main sur une zone autonome ? Etc. Les hypothèses ne manquent pas et peuvent se combiner dans un nombre incroyable de scénarii. A ce stade, la réalité peut tout à fait dépasser toute fiction. C’est incandescent. La seule chose qui est certaine, c’est qu’une entrée de la Syrie dans le conflit ne bénéficiera aucunement à la population syrienne…

Le chemin vers la justice et l’unité en Syrie, qui est essentiel pour son futur déjà parsemé de tant d’obstacles, longe une nouvelle fois, et autrement, le bord de la falaise… Les concertations constructives avec le Liban sont rassurantes ; mais voilà deux pays boiteux, dont les béquilles sont bien fragiles, qui doivent déambuler dans un terrain miné par d’autres.

Frédéric ANQUETIL Secrétaire général de Revivre

Israël doit cesser d’atteindre à la souveraineté de la Syrie

Communiqué : Paris le 16 avril 2025

Au mépris des règles du droit international, dès le 8 décembre 2024, date de la chute et la fuite de Bachar Al-Assad, Israël a envoyé des troupes pour s’emparer d’une zone tampon démilitarisée du Golan (où patrouille l’ONU dans le sud-ouest de la Syrie) et bombarde de nombreuses zones du territoire, sans ménagement pour les populations civiles.

Depuis cette date, selon le décompte de Charles Lister, spécialiste de la Syrie, l’aviation israélienne a mené plus de 730 frappes ! Plus récemment, le mercredi 2 avril, des frappes israéliennes ont détruit l’aéroport militaire de Hama, faisant plusieurs victimes dont quatre militaires et 12 blessés. L‘aéroport militaire T4, dans la province de Homs a également été détruit. Ce même jour, une frappe aérienne a visé les abords du bâtiment de recherche scientifique, déjà bombardé par le passé, dans le quartier de Barzeh à Damas.

 Le jeudi 3 avril, l’armée israélienne a mené une opération dans le sud de la Syrie, déclarant avoir répondu à des tirs d’hommes armés, ajoutant avoir tiré sur plusieurs combattants qui ont été éliminés. Selon les autorités de la province de Deraa, plusieurs civils ont été tués et d’autres blessés, à la suite d’un bombardement israélien près de la ville de Nawa. Ces bombardements sont intervenus après une incursion en profondeur des forces israéliennes, provoquant une réaction des civils de la région qui ont pris les armes pour s’opposer à l’avancée des troupes israéliennes.

Les propos du ministre israélien de la Défense, Israël Katz, menaçant les nouvelles autorités syriennes de payer un « lourd tribut » si la sécurité d’Israël était menacée doivent nous interroger sur la stratégie du gouvernement israélien vis à vis d’un peuple, libéré de 55 années de dictature, qui aspire à reconstruire son pays dans la paix, et qui n’a strictement aucunement les moyens militaires de menacer Israël, d’une quelconque façon.

L’effondrement du Hezbollah en Syrie illégitime toute action d’Israël ; quant à la Turquie membre de l’OTAN, elle n’a ce jour, émis la moindre perspective d’y installer des bases militaires.

Nous interpellons les chancelleries occidentales, et tout particulièrement la France, pour faciliter  des négociations entre la Syrie et Israël afin de faire respecter :

La résolution 242 du Conseil de sécurité après la guerre de Six-Jours en juin 1967, demandant à Israël de se retirer du Golan syrien.

– La résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l’unanimité le 17 décembre 1981 déclare que la loi israélienne qui annexe le Golan syrien est « nulle et non avenue et sans effet juridique international ». 

Revivre condamne les actions israéliennes de déstabilisation qui sont une violation flagrante du droit international et de la souveraineté syrienne entravant les Syriens dans leur destinée pour une Syrie Libre et Démocratique

SOIRÉE ANNIVERSAIRE des 20 ans

=> Vous n’étiez pas à l’Institut du Monde Arabe le jeudi 24 octobre 2024 ?

Alors, rendez-vous sur la page des 20 ans pour voir un aperçu de cette belle soirée, riche en émotions.

FILM – Revivre, 20 ans après

Réalisation : Mahmoud HAMOUD avec Abdulrazak ALJUMAA et Emilie GLASMAN

Montage : Ahmad MUADDAMANI

Mixage son : Rita MAHMOUD

Traduction : Abdulrazak ALJUMAA

Interviews (dans l’ordre d’apparition) :

  • Assem HAMSHO – Photographe et activiste syrien
  • Michel DUCLOS – Ancien Ambassadeur de France en Syrie de 2006 à 2009
  • Aïcha ARNAOUT – Poétesse et activiste franco-syrienne
  • Pascale BRICE – Ancien Directeur de l’OFPRA de 2012 à 2018
  • Michel MORZIÈRE – Membre fondateur et président d’honneur de l’Association