
Auteur/autrice : Revivre
Les vautours rodent au-dessus du peuple syrien
Communiqué : Paris le 10 mars 2025
Les violences ont été déclenchées jeudi 6 mars par une attaque de partisans du président déchu Bachar el-Assad contre des forces de sécurité à Jablé, au sud de Lattaquié contre un grand nombre de positions et points de contrôle des forces gouvernementales syriennes. Une patrouille de la sécurité était tombée dans une embuscade tendue par des hommes armés, faisant treize morts et plusieurs blessés parmi les forces du nouveau régime.
Tout indique que les attaques ont été préméditées, bien coordonnées et planifiées. Les assauts d’hommes lourdement armés et disposant notamment de systèmes de communication ont été simultanés.
En réponse, le déploiement de renforts des forces gouvernementales syriennes, arrivés le vendredi, a donné lieu à d’intenses combats qui se sont poursuivis toute la journée dans une atmosphère chaotique. Des tueries de masse ont été perpétrées par des milices hors de contrôle. Alors que les hostilités ont depuis samedi pris fin, le bilan à ce jour est incertain ; les combats auraient fait plus de 1300 morts dont au moins 800 victimes civiles.
Le Ministère de l’Intérieur a annoncé enquêter sur ces violences, assurant que les auteurs seront poursuivis ; de son coté, le président syrien Ahmad al-Chareh, a adopté un décret instituant une commission « indépendante » chargée d’enquêter. Il importe que la Commission des droits de l’homme de l’ONU soit partie prenante de cette enquête.
Cet épisode tragique est prétexte à des manipulations sur les réseaux sociaux par toutes les forces intérieures et étrangères, y compris en France, nostalgiques du régime de Bachar El Assad, hostiles au changement en Syrie et aux espoirs de liberté de la population syrienne qui fait face à d’énormes difficultés.
Les appels « sauvez nous de ce régime cruel » bien reçus par Israël (et la Russie) de certains dirigeants alaouites et druzes, l’empressement de l’Iran à condamner le nouveau régime servent d’autres intérêts que ceux d’une nouvelle Syrie libre et démocratique, ils n’auront pour effet que d’alimenter les divisions qui entraînent vers la spirale de la violence.
Si les chancelleries occidentales ont condamné, à juste titre, les massacres contre les civils, il importe aujourd’hui de ne pas rajouter du chaos au chaos en repoussant l’aide humanitaire promise et surtout la levée des sanctions financières et commerciales.
Aujourd’hui plus que jamais nous avons un devoir de solidarité et de vigilance pour aider les Syriens à prendre en main leur destinée pour une Syrie Libre et Démocratique.
Newsletter 25

Syrie, une nouvelle ère
Depuis la chute et la fuite du clan Assad, le 08 décembre 2024, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère. Les nouveaux maîtres de Damas ont hérité d’un pays exsangue, détruit, appauvri et divisé.
Les défis sont donc énormes et les moyens manquent.
En Syrie, la population respire, l’état de liesse et de célébration est palpable, mais cela ne peut durer éternellement. Il faut assurer les besoins primaires, eau, électricité, carburant et payer les salaires.
Il faut assurer la sécurité au quotidien, mise à mal avec l’effondrement des services de police et de justice.
Il faut réunifier le pays, retirer les armes des différents groupes pour qu’elles deviennent le monopole d’une armée unique, installer un système de justice transitionnelle, indispensable pour commencer une réconciliation dans une société fracturée, remettre l’économie en marche et lutter contre la pauvreté et contre le chômage, reconstruire les infrastructures et les habitations.
Il faut créer un nouveau régime politique qui répondrait aux aspirations des Syriens et récompenserait leurs longues années de lutte et de sacrifices et qui doit être en écho avec les slogans de leur révolution : liberté et dignité.
Des enjeux énormes qui ne peuvent être réussis sans le concours de tous, sans la levée des sanctions économiques qui frappent toujours la Syrie et sans l’engagement et la bonne volonté, à prouver, du nouveau pouvoir.
Le passé djihadiste du pouvoir actuel alimente un certain pessimisme, ainsi que des incidents parfois graves, vrais ou exagérés par les médias.
Cependant, il faut prendre en compte les déclarations prometteuses et l’évolution en direct du discours « officiel », les promesses de surprises agréables à l’annonce du nouveau gouvernement de transition début mars, l’état d’esprit du pays et du peuple qui n’acceptera jamais d’être de nouveau soumis au despotisme, peu importe son identité idéologique, la pression régionale et internationale…
En prenant en compte tous ces éléments, en plus de l’engagement des forces vives du pays dans l’action publique, revendicative et constructive, comblant le vide laissé par l’effondrement du régime criminel d’Assad, on peut se permettre de dire aujourd’hui qu’en Syrie :
L’optimisme est permis, mais la vigilance s’impose !
Alaa Abdelwahab
de retour d’un voyage en Syrie début février 2025 (Alep, Homs, Damas)
Co-président de Revivre
Newsletter 24

Une joie immense… bientôt contrariée par l’inertie occidentale ?
Dans les semaines qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad, une JOIE IMMENSE – mêlée de pleurs intarissables – a été ressentie par la population. Et encore aujourd’hui ! Des milliers de familles sont descendus dans les rues le vendredi 13 décembre pour célébrer leur liberté, toute nouvelle, sans y être contraints d’aucune manière. Aucune restriction de circulation, aucune habilitation pour les journalistes (jusqu’alors), les Syrien-nes leur demandent de les filmer à visage découvert, y compris avec des membres armés de HTC,… ce qui était totalement impensable depuis des dizaines d’années.
Ce qui est malheureusement incroyable, aussi, c’est que presque TOUTES les familles syriennes ont des histoires d’emprisonnement, de torture, de bombardement, de gazage du régime des Bachars. Pendant 54 ans, les Syrien-nes n’ont pas eu le droit de parler librement. D’ailleurs, les anciens prisonniers n’osent pas encore parler de tout, devant n’importe qui, ils ont encore peur… Prudemment, les discussions s’engagent, en évitant les mots utilisés auparavant par les pro-Bachar tel que « défense des minorités », « état laïc », « différentes communautés religieuses », etc, pour ne pas apparaître comme des opposants à HTC. Ces mêmes mots ont tant été utilisés pour monter les Syriens les uns contre les autres.
Plus que jamais, la justice transitionnelle est nécessaire afin de responsabiliser les criminels de l’ancien régime, de permettre aux familles des disparus de connaître leur sort et de faire leur deuil.
Quelques groupes de discussions émergent dans le pays ; certains à l’instar de ceux du printemps de Damas de 2011, mais d’autres autour d’anciens « assadistes » qui ont retourné leur vestes (ce qui ne trompe personne)…
On voit parfois des femmes et des hommes qui, de leur propre initiative, nettoient les rues, gèrent la circulation, préparent des repas au personnel soignant ou aux plus démunis. Ce n’est plus « la Syrie d’Assad », c’est maintenant « Leur Syrie ». D’où qu’ils soient, les Syriens disent, fièrement maintenant, qu’ils sont tous – tout simplement – Syriens.
Mais pour l’instant, ce sont de mesures extrêmement concrètes dont la population a expressément besoin : de l’eau, de l’électricité, de la nourriture, du carburant, un toit, etc. Toutes choses qui restent inatteignables à cause des sanctions internationales qu’il faut impérativement lever, et rapidement.
La communauté internationale et leurs médias vont-ils continuer à s’offusquer de la poignée de main non tendue d’al-Charaa… quand les mêmes n’avaient rien à redire des cordiales poignées de main – il n’y a pas si longtemps – de certains élus à Bachar el-Assad ? Vont-ils continuer à s’interroger sur le retour rapide des réfugiés syriens … dans un pays dévasté, totalement incapable matériellement de les accueillir par millions ?
Pour que la population syrienne continue de se libérer par elle-même, il faut lever les sanctions internationales, et délivrer des autorisations exceptionnelles de voyager pour les réfugiés sous protection internationale (sans perte de leur statut).
Qu’attend-on encore pour que les Syriens puissent enfin REVIVRE ?
Le CA de Revivre
La plupart de ces propos sont extraits de la table ronde organisée par Revivre et la Mairie de Paris 20° le mercredi 15 janvier 2025 autour de Garance LECAISNE, Edith BOUVIER et Ammar ABD RABBO, de retour de Syrie.
Nous avons encore besoin de vous !
Il vous reste quelques jours pour faire vos dons défiscalisés (si vous êtes imposables sur le revenu)
La chute de Bachar el-Assad nous conduit à redéployer avec détermination nos actions en Syrie qui vous ont été présentées dans notre dernière campagne d’appels à dons. Après une courte période d’observation, voici comment REVIVRE va poursuivre ses actions en cours :

- Concernant les camps de Roukban (zone ouest), quelques familles ont commencé à rejoindre Palmyre (dont elles sont originaires en majorité), où elles se réinstallent dans une grande précarité pour l’instant. L’amour d’une terre est indéfectible ! En conséquence de quoi, l’école des camps de Roukban va dans les prochains mois retourner à Palmyre. Deux défis se présentent donc : la réhabilitation de bâtiments scolaires, et l’accueil d’un plus grand nombre d’enfants par le retour des familles provenant des pays voisins.
- C’est pourquoi nous avons besoin de vous pour continuer à accompagner le collectif de la Maison de Palmyre avec lequel nous cheminons depuis plus de 5 ans.

- Concernant les camps de la zone d’Idleb, Afrin et Janderes (zone est), certaines familles ont tenté de réintégrer leurs domiciles d’origine, en particulier dans la région de Homs, mais sont déjà revenues. Leurs maisons ont été détruites par les bombardements russes et ceux de Bachar ; soit il n’y a plus rien, soit il n’en reste que des morceaux inhabitables et dangereux. En outre, il y a peu de nourriture, peu d’ONGs, et les réseaux (eaux, électricité) sont incapables de fournir. Il faudra donc continuer à distribuer de l’eau potable dans les prochains mois dans les camps. Deux défis se présentent donc : augmenter cette distribution d’eau potable (compte-tenu du retour des familles provenant des pays voisins, du temps nécessaire pour tout reconstruire, et du prochain été).
- C’est pourquoi nous avons besoin de vous pour continuer cette distribution d’eau potable, car les camps vont rester une solution d’hébergement qui va malheureusement durer.
Avec nos partenaires syriens sur le terrain,
qui furent les partisans de la Liberté et de la Démocratie
dans les heures les plus sombres de la Syrie,
poursuivons notre soutien à leurs projets sociaux !
→ Don par chèque bancaire à l’ordre de :
Association Revivre
Courrier : 100 boulevard de Belleville 75020 PARIS
→ Don en ligne sur :
Que d’émotions !
Chers ami-e-s de Revivre,
Les Syriens viennent de mettre fin en quelques jours à 54 ans de dictature de Père en Fils. Bachar depuis mars 2011 – avec plus de 500.000 morts, des dizaines de milliers de disparus, des dizaines de milliers de tués sous la torture, 8 millions de syriens réfugiés – a très largement surpassé Hafez son géniteur.
Cette chute soudaine est un moment de très grande émotion pour l’ensemble des Syriens et des amis de ce peuple – notamment Revivre – qui lutte depuis sa création pour la disparition de ce pouvoir criminel et la protection de ceux qui en sont victimes.
Aujourd’hui, nos médias découvrent, lors de la libération des prisons, l’horreur qui avait été abondamment décrite par Michel Seurat dans son livre « Syrie, l’État de Barbarie » ou dans « La Coquille » de Moustafa Khalifé ; plutôt, ils font semblant de le découvrir, car Revivre, avec d’autres ONGs, dénonce depuis de très nombreuses années la barbarie du régime syrien.
La Paix sans Justice sera impossible ! Il est donc urgent de donner un peu de temps aux nouveaux dirigeants de Damas pour qu’ils posent les premières fondations d’une vraie Justice… chose que la Syrie n’a jamais connue !
Il importe ici que la France n’agisse pas dans la précipitation par des mesures administratives en contradiction avec la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.
Chers amis de Revivre, nous avons un devoir de solidarité et de grande vigilance pour que les Syriens puissent prendre en main leur destinée afin de construire une Syrie Libre et Démocratique.
La Syrie doit REVIVRE