Edito Newsletter 30
PRÉSERVER LA BELLE MOSAÏQUE SYRIENNE
Cette semaine marque une année entière depuis la phase de libération que la Syrie a vécue après la chute de l’ancien régime. Et bien que cette phase ait ouvert la voie à davantage de libertés, le chemin vers la justice et la démocratie reste encore long. Au cours de l’année passée, les autorités se sont concentrées sur les dossiers économiques, la levée des sanctions, l’amélioration des relations diplomatiques et la relance du tourisme, tandis que les dossiers les plus liés à la vie quotidienne des Syriens sont demeurés marginalisés ; comme la reconstruction qui n’a pas encore réellement commencé, les infrastructures restant détruites dans de vastes zones. Le secteur éducatif souffre également d’une dégradation évidente, de nombreuses écoles fonctionnant avec des capacités limitées ou restant hors service, alors que le secteur de la santé connaît un effondrement quasi total en raison du manque de personnel et d’équipements. En outre, le dossier des disparus n’a bénéficié d’aucune attention réelle ou sérieuse, ce qui a approfondi les blessures de milliers de familles qui attendent toujours de connaître le sort de leurs proches.
Dans tout cela, les avancées dans le domaine de la justice et dans les poursuites judiciaires des responsables sont demeurées limitées, laissant de nombreuses violations sans traitement clair jusqu’à aujourd’hui.
Dans le sud, notamment à Soueïda, se poursuivent les pressions ainsi que les tensions sociales et politiques, en plus des manifestations et des revendications répétées des membres de la communauté druze. Avec l’évolution des événements, certaines parties locales ont aussi exprimé des demandes de formes d’autonomie ou d’administration indépendante, voire même l’idée d’ouvrir un passage vers les territoires occupés ; ce qui a suscité un large débat au sein de la société syrienne. Les violations israéliennes des frontières syriennes se poursuivent presque quotidiennement ; en l’absence de véritable dissuasion, les positions arabes et internationales se limitant souvent à des déclarations de condamnation.
Quant au littoral syrien, qui fut jadis parmi les plus fervents soutiens de l’ancien régime, il a fait face après la chute du régime de Bachar al-Assad à une réalité complexe. L’absence de justice et d’arrestation des responsables et des criminels qui s’étaient cachés là-bas durant et après la libération a entraîné un chaos. Celui-ci a été immédiatement exploité par des sbires de l’ancien régime, dont certains ont attaqué des membres de la Sécurité Publique appartenant au nouveau gouvernement, provoquant ainsi des événements sanglants qui ont causé des victimes civiles et militaires des deux côtés : sunnites et alaouites. Ce qui reflète le besoin urgent d’un contrôle efficace et d’une poursuite des auteurs de crimes pour empêcher la répétition de telles violations.
Dans le nord-est, le dossier de la relation entre l’État et la composante kurde reste en suspens. Certains courants au sein de la société kurde réclament une autonomie élargie ou des formes proches de l’indépendance, ce qui suscite un large débat national.
Cependant, notre vision en tant que Syriens, à laquelle nous tenons, demeure celle d’une Syrie unie pour tous ses enfants, où la diversité des confessions, des ethnies et des cultures constitue une mosaïque unique qui confère beauté et singularité à la Syrie, loin de tout projet de division.
Parallèlement, les camps vivent toujours dans des conditions humanitaires difficiles, avec une quasi-interruption de l’aide dans certaines zones. Beaucoup de déplacés ont été contraints de retourner dans leurs maisons détruites, certains dressant des tentes sur les décombres, tandis que d’autres ont eu recours aux anciennes grottes pour échapper au froid et à la pluie, sans soutien réel de l’État ni des organismes internationaux.
Cette image complexe nous rappelle que la stabilité en Syrie ne se réalise pas seulement par un changement politique, mais aussi par l’instauration d’une justice ressentie par tous les Syriens, la construction d’une confiance mutuelle entre les composantes, et le respect de la dignité humaine partout.
Il reste également de notre responsabilité de lire les événements avec objectivité avec de multiples sources, et de rejeter tout discours attisant la haine ou approfondissant la division. Nous croyons que le rôle des intellectuels, des artistes et des acteurs civils est essentiel pour renforcer la culture du dialogue et de la paix, et préserver la belle mosaïque syrienne à laquelle nous appartenons tous.
Abdulrazak ALJUMAA
Administrateur de Revivre