Edito Newsletter 31

CE LONG CHEMIN VERS L’APAISEMENT SOUHAITÉ PAR LES SYRIENS

Assistons-nous à la dernière bataille du premier round de la réunification de la Syrie ? Après les massacres de la côte ouest alaouite déclenchés par les partisans de Bachar Al-Assad suivis d’une réponse chaotique et tragique des forces liées au nouveau régime, puis après le siège et les massacres dans la petite zone druze, la question des vastes territoires sous contrôle kurde était un rendez-vous incontournable pour les nouvelles autorités.

Une chose est certaine : elles (et de nombreux partenaires étrangers, mais pas tous) ne veulent pas d’une partition de la Syrie en 2, 3, 4 zones ethnocentrées, contrairement à ce que des groupes – presque dans chaque communauté ! – revendiquent haut et fort comme solution de pacification du pays. L’intention du nouveau régime est claire depuis le début : le nouvel État syrien sera souverain sur toute la Syrie et il n’y aura qu’une seule armée légitime.

Aujourd’hui, dans chaque communauté, on retrouve tous les bords politiques, selon des dosages variés : des ex-pro-Bachar et des anti-Bachar, des communistes et des libéraux, des pro-nouveaux régimes et des anti, des très religieux et des athées, des nationalistes et des fédéralistes, etc. Aucune des communautés syriennes ne peut être réduite à une seule idéologie politique ou à un seul courant religieux, tant les variantes sont multiples.

Les haines communautaires et claniques qui soufflent sur les braises encore chaudes trouvent leurs racines dans des histoires lointaines, alimentées par des concepts religieux sectaires, des alliances étrangères, auxquels s’ajoutent régulièrement des problèmes fonciers. Dans cette diversité syrienne, on rêverait de trouver un groupe qui serait exempt de tous reproches… quand bien même aurait-il rendu d’utiles services à certains moments[1].

Bien que la tentation de la partition puisse être considérée comme légitime quand on appartient à un groupe de victimes, en se construisant en opposition aux autres camps, avec cette diversité entremêlée, ce serait un rendez-vous pris pour de prochains conflits. Préparer la répétition des crimes ne résout rien.

Dans cette dernière bataille, qu’en est-il cette fois-ci des civils qui paient généralement le plus lourd tribut ? On remarquera les corridors humanitaires qui ont été créés pour évacuer les civils dans la bataille d’Alep[2] et vers Kobané dans le Kurdistan ; le nouveau régime aurait cette fois-ci pris des précautions pour les épargner[3]. La préparation en amont de l’intervention dans l’Est syrien a limité les dégâts de ce côté-ci, la répétition des massacres de masse a été évitée[4] ; des gages (d’un niveau jusqu’alors jamais atteint) ont été donnés au travers d’un décret [5]de reconnaissance de leurs droits (langue, etc.)[6]. En revanche, le contrôle des camps de djihadistes a été un fiasco…

Cette marche – difficile – vers la réunification de la Syrie prendra encore du temps pour se concrétiser dans tous les recoins.

Et maintenant, reste au régime de transition à affirmer fortement le respect absolu de la diversité, à promouvoir la défense des droits humains pour tous les Syrien-ne-s, et à faire avancer l’inclusivité.

Frédéric ANQUETIL

Secrétaire général de Revivre

[1] Les Kurdes avec leurs alliés des tribus arabes locales ont rendu de grands services en gérant les camps d’internement des djihadistes après avoir combattu l’Etat Islamique mais, parallèlement, ont installé une gouvernance pas moins autoritaire que dans la zone d’Idleb d’avant la chute de Bachar, et la population locale n’a pas suivi les combattants du FDS et YPG, plutôt considérés comme des occupants.

[2] La plupart des 155 000 déplacés de début janvier sont depuis revenus à leurs domiciles.
[3] Les violences et les traitements dégradants spécifiquement commis à l’égard des femmes kurdes démontrent que les forces armées du nouveau ne sont pas encore assainies des éléments radicaux.
[4] Dans certaines villes conquises à l’Est, les populations arabes ont applaudi et des déplacés ayant fui depuis plusieurs années le Rojava, reviennent chez eux.
[5] Le Décret daté du 16 janvier 2026, qui reconnaît le kurde comme langue nationale, autorise son enseignement dans les régions à majorité kurde, abroge les mesures discriminatoires du recensement de 1962, accorde la pleine citoyenneté à tous les Kurdes vivant sur le territoire syrien et fait de Newroz (21 mars) une fête nationale officielle payée.
[6] il sera très difficile de revenir sur ce texte largement diffusé, quand bien même il n’est pas le fruit d’une assemblée parlementaire démocratiquement élue (ce qui est impossible à concrétiser dans ce climat de tension, de fractionnement du pays et de niveau élevé de destruction des infrastructures).