Un témoignage d’une ancienne détenue traduit de l’arabe…

sans-titre« Les jours passant derrière les barreaux, je vis ce qui arrivait aux autres femmes et filles pendant les interrogatoires, elles étaient violées, torturées, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je remerciais Dieu d’avoir été épargnée, les cas de viol étant quasi-quotidiens. Certaines filles étaient emmenées quotidiennement pour être violée par plusieurs hommes. Elles en revenaient ensanglantées, leurs corps couverts de traces rouges. »

 

Lire la totalité du témoignage…

http://femmesdemoc.wordpress.com/temoignages/

Sources en arabe:

Prisons syriennes : Des détenus déconnectés et désubjectivés

Un texte puissant, effrayant et éclairant de  Abdulhay Sayed (écrivain et juriste syrien) publié dans la revue de l’Association Internationale de Sociologie, page 18.

………………………………………

Le rapport établi avec l’aide de fonds qataris par une équipe indépendante d’anciens procureurs des Nations Unies dans lequel sont analysées des milliers de photographies prises clandestinement des cadavres de détenus morts de faim et torturés dans les centres de détention syriens, confirme ce que l’on soupçonnait déjà : le meurtre de détenus à échelle industrielle. Le rapport faisait suite à d’autres comptes rendus d’organisations locales de défense des droits de l’homme, qui décrivaient ce que sont actuellement les conditions atroces de détention dans les prisons du régime syrien. Dans cet article, je parlerai de témoignages plutôt que d’images. En effet, nous disposons aujourd’hui de quantité de témoignages de détenus qui ont survécu aux prisons syriennes. Je m’intéresse ici à la manière dont des prisonniers ont survécu à l’espace de détention, à la manière dont leur corps a vécu cette lente descente jusqu’au fond de l’abîme, jusqu’à la limite entre la vie et la mort, et à la manière dont ils ont assisté à la « déconnexion » d’autres détenus avant que ceux-ci ne disparaissent. Je pose la question de savoir si l’expérience dévastatrice des Muselmänner, qui avait caractérisé Auschwitz dans la mémoire de Primo Levi et de nombreux autres rescapés, et que Giorgio Agamben a récemment érigé en paradigme, peut nous aider – et si oui, dans quelle mesure – à comprendre à la fois la tragédie actuelle des détenus « déconnectés » des prisons syriennes et les calamités infligées à l’espace politique syrien.

D’après les témoignages de nombreux survivants, de plus en plus de détenus, arrêtés pour avoir participé à des manifestations pacifiques ou à opérations de secours, seraient morts en détention avant d’avoir été enterrés secrètement dans des fosses communes. Les témoignages font souvent état de la manière dont les détenus sont confrontés sur leur lieu de détention à un espace effroyablement réduit et surpeuplé. Les conditions extrêmes de torture sont devenues chose courante. Dans les centres de détention syriens, les violences et les traitements dégradants et inhumains ne se limitent pas aux séances d’interrogatoire mais font manifestement partie intégrante de la vie des détenus.

Des témoignages recueillis par le Centre de Documentation des Violations (CDV) – une ONG syrienne cofondée par Razan Zeitouneh, une avocate de renom qui a récemment été enlevée – indiquent que les geôliers affament souvent les détenus jusqu’à ce qu’ils soient sur le point de s’effondrer. Affamer les détenus serait utilisé à la fois comme technique de torture, et comme un moyen d’inscrire la faim dans la mémoire des survivants, comme une caractéristique du quotidien de la détention. Les conditions cruelles de détention ont souvent entraîné les détenus vers ce qui pourrait être désigné comme un état de « déconnexion ». Un survivant a décrit dans ces termes un centre de détention des services de renseignements militaires situé dans le quartier de Qaboun, à Damas, où de nombreux codétenus « déconnectaient » en raison des conditions de détention dans la cellule :

On m’a mis dans une cellule de deux mètres sur cinq avec quelque 180 autres détenus. Beaucoup d’entre eux étaient « déconnectés ». C’est un mot qu’on utilise pour désigner les détenus qui commencent à parler et à se comporter de manière incohérente en conséquence des tortures extrêmes et de la température très élevée qui règne dans les cellules… Nous étions habitués à voir chaque jour un ou deux détenus qui « déconnectaient » en raison de la pression psychologique, de l’air étouffant et de la chaleur… Le détenu commençait à dire et à faire des choses extrêmement étranges et insensées…

Lorsqu’un détenu « déconnecté » perd connaissance, un système est prévu pour évacuer son corps de la cellule et l’emporter hors du centre de détention. Dans certains centres de détention, l’évacuation est confiée à des détenus vétérans, que l’on force à récupérer les corps inanimés pour les transporter à l’extérieur. Dans d’autres centres, des chambres dites de « consolation » sont créées, souvent juste à côté des lavabos, pour les « déconnectés » et les morts. Les survivants gardent fixé dans leur mémoire le souvenir de ces couloirs à l’extérieur des cellules, où les corps des détenus « déconnectés » sont entassés près des lavabos, dans l’attente d’une mort lente. Un survivant a décrit dans ces termes ce qu’il a vu dans le regard de ces détenus « déconnectés » :

Chaque jour, une vingtaine de détenus étaient jetés dans le couloir où les attendaient leur « destin » et une mort lente… On rencontrait différents cas, ceux qui étaient sur le point de mourir après avoir été brutalement torturés, ou pour cause de « déconnexion » ou de température élevée, et ceux qui ressemblaient à des squelettes en raison d’ulcérations aiguës. Ils urinaient sur place, dans un espace couvert de pus et de sang. Ils étaient sur le point de mourir. Leurs yeux étaient encore ouverts et capables de fixer un regard, comme pour demander à leurs compagnons de détention qui pouvaient encore marcher, de témoigner de leur souffrance auprès du reste du monde.

On est particulièrement frappé par l’étendue du moment dans l’expérience du détenu où la conscience « déconnecte » ou s’éteint simplement, laissant le corps dans un état végétatif, avant de mourir. On serait évidemment tenté d’établir un parallèle avec la figure du Muselmann du camp de concentration d’Auschwitz, érigé en symbole par Giorgio Agamben dans son livre daté de 1999 [pour l’édition française], Ce qui reste d’Auschwitz. C’est Primo Levi qui, en tant que rescapé d’Auschwitz, a le premier témoigné dans son livre Si c’est un homme, écrit en 1946, de l’existence d’une catégorie de détenus à Auschwitz qui étaient appelés par les SS ainsi que par les autres détenus les Muselmänner, c’est-à-dire les Musulmans. La description de Levi était explicite : les Muselmänner étaient les « damnés », ou les « non-hommes » qui peuplaient Auschwitz. C’était ceux qui « marchent en silence », le corps « décharné », « le front courbé et les épaules voûtées », et « dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée ». D’après les témoignages de survivants, la figure du Muselmann, comme celle d’un « mort-vivant », d’un « cadavre ambulant », d’un « squelette en mouvement », d’un « homme-momie », était connue dans d’autres camps de concentration quoique sous des appellations différentes. Peu de recherches ont été consacrées à l’origine et à l’emploi extrêmement péjoratif du terme Muselmann.

Avec la figure du Muselmann, ce sont deux questions liées entre elles qui intéressaient Agamben : comment était-il possible de porter témoignage de la situation extrême du camp de concentration, alors que l’intention des nazis était d’anéantir tous les prisonniers ainsi que toute possibilité de témoignage ; et comment le pouvoir nazi a en définitive « désubjectivé » des êtres humains. Agamben a montré comment en affamant « l’autre », en laissant cet « autre » atteindre la condition de Muselmann, le pouvoir gagne du temps. Il érige un « troisième domaine » entre la vie et la mort. La condition du Muselmann symbolise le triomphe du pouvoir sur des êtres humains, en les désubjectivant et en les réduisant à leur existence biologique. Le pouvoir les laisse survivre dans une condition de « vie nue ».

Bien qu’on soit tenté d’établir un parallèle avec le détenu syrien qui « déconnecte », qui en effet est désubjectivé, sa vie consciente étant séparée de sa vie biologique, la similarité s’arrête là. Il existe en effet de nombreuses différences entre le Muselmann d’Auschwitz et le détenu syrien « déconnecté ». La condition du Muselmann était accessoire à Auschwitz, dans la mesure où le projet tout entier était orienté vers l’annihilation, y compris de la possibilité de témoigner. En revanche, la condition du Syrien « déconnecté » joue un rôle central dans l’ensemble des rouages du régime syrien. L’image du « déconnecté » a pour fonction première de donner l’exemple. Il faut que cette image reste gravée dans la mémoire des survivants. Le témoignage des survivants constitue et complète la condition du « déconnecté ». Il n’y a pas de « déconnecté » sans survivant, ni survivant sans « déconnecté ». L’expérience du « déconnecté » doit être relayée par les survivants en liaison avec la détermination acharnée du régime d’inscrire la terreur dans l’esprit des Syriens.

D’autre part, la « muselmannisation » des détenus syriens illustre la manière dont le régime représente et se comporte dans l’espace politique syrien. Les instruments de pouvoir du régime n’ont pas pour priorité d’éliminer une catégorie de la population, mais visent plutôt à déposséder les citoyens de la capacité de développer dans un espace public quelque revendication politique collective d’opposition que ce soit, en réduisant les gens à un simple fait biopolitique ou en enrégimentant et en disposant à sa guise de la population. L’élimination au moyen du meurtre à échelle industrielle, de la destruction et du déplacement de populations n’est pas l’objectif du pouvoir, c’est seulement un moyen utilisé par le régime pour reconquérir et soumettre la société. Face à une mobilisation politique pacifique, le régime arrête les protestataires et les jette dans ses effroyables prisons, qui sont organisées de façon à déposséder les détenus de la conscience même de leurs droits politiques en les amenant à un état de « déconnexion », avant de rejeter quelques-uns parmi eux comme de simples déchets biologiques.

Peut-on établir un parallèle entre le traumatisme infligé aux corps des détenus dans les centres de détention syriens et celui infligé à la société syrienne, en tant que corps politique ? D’un côté, des corps sont soumis à la torture, de l’autre, des villes entières sont détruites ; d’un côté, des détenus sont amenés à être déconnectés, de l’autre, les espaces publics où des citoyens se rassemblent pacifiquement pour exprimer leurs aspirations politiques sont anéantis ; d’un côté, les corps de détenus sont éjectés, de l’autre, des civils sont déplacés. Il s’agit assurément d’une comparaison simpliste et insoutenable sur le plan théorique, mais elle exprime de manière saisissante la réalité de la tragédie syrienne, qui est fondamentalement marquée par l’écrasement systématique par le régime de tout mouvement civil pacifique pour les libertés politiques.

Source: La revue de l’Association Internationale de Sociologie, page 18.
http://isa-global-dialogue.net/wp-content/uploads/2014/06/v4i2-french.pdf

 

À propos de la mort syrienne…

Moustafa  Khalifé  « écrivain Syrien »

Traduit de l’arabe par  Racha Abazied

Texte du discours prononcé à Rome, le 28 février 2014  lors de la remise du Prix de la presse libre.

Le même texte « raccourci » était lu également  lors de la conférence sur la torture en masse à l’IMA à Paris, le 13 mars 2014

Moustafa Khalifé : Né en 1948 dans la région d’Alep, il a commencé des études de droit à l’université de Damas en 1973. Poursuivi par les services de renseignement à partir de 1977, et obligé de vivre en clandestinité, il n’obtiendra son diplôme qu’en 1997. Il est arrêté une première fois en 1979 et libéré en 1980. A partir de janvier 1981, il passera treize ans en prison jusqu’en octobre 1994. En 2005, il est obligé de quitter la Syrie. Il raconte sa détention dans un livre devenu une référence sur les prisons syriennes : La Coquille (Actes Sud, 2007 et en 2013)

Lire le texte ….

http://syriemdl.net/2014/03/26/a-propos-de-la-mort-syrienne/

 

© Ali Farzat
© Ali Farzat

Témoignage: Hasna, rescapée de l’enfer des geôles syriennes

VIDEO – Réfugiée en Jordanie, Hasna est l’une des rares à pouvoir témoigner des horreurs des prisons syriennes. A visage découvert, elle s’est confiée à BFMTV après avoir passé 16 mois en enfer.

K. L avec Caroline Mier | images Quentin Baulier 

Rescapée des geôles syriennes, Hasna est aujourd'hui réfugiée en Jordanie. (BFTMV)
Rescapée des geôles syriennes, Hasna est aujourd’hui réfugiée en Jordanie. (BFTMV)

« Ils m’ont suspendue en l’air, pendue par les bras pendant 18 jours ». Hasna est revenue des geôles syriennes et tient aujourd’hui à raconter les horreurs perpétrées par le régime de Bachar al-Assad, alors que le conflit en Syrie dure maintenant depuis plus de trois ans.

Arrêtée deux fois et détenue en tout 16 mois, parce qu’elle fournissait de la nourriture et des médicaments aux rebelles, son témoignage atteste de l’extrême cruauté des hommes du dictateur. Torturée à l’électricité, nue devant des hommes et des femmes, aspergée d’eau gelée en hiver, obligée de dormir au milieu de cadavres, brûlée… Elle a vécu l’impossible.

« Ils m’ont dit: on veut ton mari et tes fils et on veut les noms de tous les combattants de ton quartier », explique-t-elle, aujourd’hui réfugiée en Jordanie.

Lire la suite et voir la vidéo…

http://www.bfmtv.com/international/temoignage-hasna-rescapee-l-enfer-geoles-syriennes-736046.html

 

 

Syrie : les secrets de l’archiviste de l’horreur

Par Garance Le Caisne – Le Journal du Dimanche

 

Des manifestations de solidarité avec le peuple syrien ont eu lieu samedi dans le monde entier pour condamner un régime dont la torture est l’une des armes de destruction massive.

C’est un dossier de 54.000 photos de 11.000 corps suppliciés : cadavres faméliques, souvent nus, mains et pieds brûlés, visages sans yeux ou rongés par on ne sait quel produit chimique, marques de chaînes autour du cou… Un dossier de l’indicible transmis par un ancien agent du régime de Bachar El-Assad. Auteur de la plupart de ces photos, il a fait défection en juillet 2013 et porte le nom de code de César. Ce dossier est entre les mains d’experts de la justice internationale. Hassan Shalabi? l’un des deux activistes syriens qui ont permis son exfiltration, raconte en exclusivité au JDD.

Qui est César ?

Lire la suite…

http://www.lejdd.fr/International/Moyen-Orient/Syrie-les-secrets-de-Cesar-l-archiviste-de-l-horreur-657290

 

Torture : les preuves par l’image

Par Jean-Pierre Perrin

RÉCIT

Exfiltré à l’étranger et tenu au secret, un ex-membre des renseignements syriens a rendu publiques 54 000 photos effroyables.

On ne sait rien de lui. Ni son nom, ni son âge, ni même le pays où il se cache. Il a simplement un pseudonyme : César. Seuls ceux qui ont réussi à l’exfiltrer hors de Syrie et quelques enquêteurs internationaux savent où se trouve sa planque. César est l’un des hommes les plus menacés au monde. Pour une bonne raison : c’est lui qui a dit l’indicible, l’a montré sous la forme de milliers de photos qu’il a lui-même prises en travaillant pour le régime de Bachar al-Assad dans l’un des 24 centres de tortures de Damas et de sa région. Au total, 54 000 clichés de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations. Des clichés qui témoignent d’une telle cruauté que David Crane, l’ex-procureur général du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et aujourd’hui principal enquêteur d’un rapport sur la torture en Syrie, a déclaré jeudi à Paris, qu’ils nous obligeaient «à croire l’incroyable».

 

Lire la suite…

http://www.liberation.fr/monde/2014/03/14/torture-les-preuves-par-l-image_987303

Hommage à « César », héros anonyme parmi tant d’autres de la révolution en Syrie

Au soir du Sommet de Montreux, censé ouvrir la voie aux négociations de Genève 2 entre l’opposition syrienne et le régime de Bachar al-Assad, le Dr Imadeddin Rachid avait expliqué au journal Le Monde (http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/23/le-recit-de-la-defection-de-cesar-photographe-de-la-barbarie-syrienne_4353005_3218.html) comment étaient parvenues en sa possession les photos de quelque 11 000 de ses compatriotes, affamés jusqu’à la mort ou décédés sous la torture dans les geôles des services de sécurité de son pays. Publié quelques jours plus tôt, un rapport rédigé par trois anciens procureurs internationaux au-dessus de tout soupçon (texte intégral ici) avait permis à Ahmed al-Jarba, président de la Coalition nationale syrienne, de justifier devant les représentants des nombreux Etats conviés à cette réunion les principales revendications des révolutionnaires dont il était le porte-parole : la démission de Bachar al-Assad et le démantèlement de ses appareils de répression.

 

Lire la suite …

http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/03/16/hommage-a-cesar-heros-anonyme-parmi-tant-dautres-de-la-revolution-en-syrie/#more-8058

Conférence sur la torture de masse en Syrie

 Le 13 mars 2014 de 19h00 à 20h30

à l’Institut du monde arabe

Le Réseau des Femmes Syriennes (RFS) et l’Association syrienne pour les disparus et détenus organisent une rencontre autour de la torture de masse en Syrie, suite aux révélations récentes faites par un ancien agent de la police militaire syrienne ayant récemment fait défection. Un rapport publié par le cabinet juridique Carter-Ruck and Co apporte les preuves de la mort sous la torture de 11 000 prisonniers syriens au cours des trois dernières années dans les seuls centres de détention de la région de Damas. Une partie de ce dossier avait été révélée au public par les médias internationaux à la veille de l’ouverture des négociations de Genève II. D’importants éléments (photos et témoignages) restent inédits.
Une conférence/débat présidé par Jack Lang, aura lieu à l’Institut du monde arabe (IMA), en présence des principaux auteurs et témoins de ce dossier.

Cette conférence réunira :

Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe

David Crane, principal enquêteur du rapport, ancien procureur général du Tribunal spécial pour la Sierra Leone

Imadeddine Rashid et Hassan Shalabi, artisans de l’exfiltration de l’agent de la police militaire du régime Assad, surnommé « César », qui a fait défection et a sorti le dossier de Syrie

Mustapha Khalifé, ancien prisonnier des geôles syriennes pendant plus de 13 ans, auteur du livre La Coquille, éditions Actes Sud, 2007

Bassma Kodmani, membre du Réseau des Femmes Syriennes et ancienne porte-parole du Conseil National Syrien

Les intervenants présenteront à cette occasion les éléments nouveaux du dossier et des témoignages vivants sur la réalité de la situation dans les prisons du régime syrien. Les conférenciers s’exprimeront en anglais et arabe. Une traduction en français sera assurée.

 SUR INSCRIPTION  swn.parisevent@gmail.com

La détention, l’instrumentalisation et la torture des enfants, pratiques courantes dans la Syrie du « docteur » Bachar al-Assad (2/2)

Par Ignace Leverrier (22 octobre 2013)

Dans un rapport mis en ligne au début du mois d’octobre 2013, le Violations Documentation Center in Syria a donné la parole à un jeune Syrien, remis en liberté au mois d’août précédent, au terme de quatre mois d’emprisonnement. Comme le montrent les photos prises à la veille et au terme de sa mésaventure, il avait perdu plusieurs kilos durant sa détention. Alors que son âge aurait dû lui épargner de telles épreuves, il raconte son périple à travers les prisons de divers services de renseignements, les exactions dont il a été victime de la part des enquêteurs et des geôliers, et les scènes de barbarie ordinaire dont il a été témoin. Son témoignage recoupe nombre d’autres récits qui remontent, pour certains d’entre eux, à la décennie 2000-2010. Ils interdisent de ce fait de lier la brutalité dont font montre les moukhabarat aux circonstances particulières de la révolution. Ils démontrent au contraire que la torture des enfants et des jeunes, dans des centres de détention où la Loi interdit en principe leur admission, est une pratique ancienne, récurrente et tolérée, si ce n’est encouragée pour entretenir la peur, par les responsables de « l’Etat de barbarie ».

Le 2 avril 2013, le jeune Moadh Abdel-Rahman (16 ans) se trouvait avec un ami dans le souq de Hama lorsqu’une voiture d’agents de la sécurité est passée à côté d’eux. Ils ont aussitôt rebroussé chemin, mais n’ont pas tardé à être rattrapés par les occupants du véhicule intrigués par leur manège. Après avoir été rossés, ils ont été embarqués de force jusqu’à un poste de contrôle où il est apparu que le nom du jeune Moadh figurait, comme celui de son père, sur une liste d’individus recherchés. Son camarade a quant à lui été relâché, non sans avoir été de nouveau frappé. L’adolescent a été conduit au siège des Renseignements militaires, où on a commencé par lui voler les quelques milliers de livres syriennes qu’il avait sur lui. Il a été enfermé dans une cellule d’isolement de 3 m² dans laquelle se trouvaient déjà 4 autres détenus. Le lieu était si exigu que, pour dormir, ses occupants étaient obligés de couvrir avec une planche le trou qui leur servait de latrines.

 Lire la suite….

http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/10/22/la-detention-linstrumentalisation-et-la-torture-des-enfants-pratiques-courantes-dans-la-syrie-du-docteur-bachar-al-assad-22/

Viols collectifs, rat dans le vagin : en Syrie, le viol est une arme

« Il a inséré un rat dans son vagin. Elle hurlait. Ensuite on a vu du sang sur le sol. Il lui a dit : “C’est assez pour toi ?” Ils se moquaient d’elle. C’était évident qu’elle agonisait. Nous pouvions la voir. Après cela, elle n’a plus bougé. »Les témoignages de prisonniers syriens recueillis par le journaliste de la BBC Fergal Keane font froid dans le dos. Ils mettent en évidence que, comme dans bien d’autres conflits, le viol est une arme de guerre en Syrie. Les femmes, mais aussi les hommes, subissent ces sévices perpétrés par les forces de l’ordre syriennes, comme cette autre victime rencontrée par Keane.

Le jeune homme, volontaire dans une association de défense des droits de l’homme basée dans une église, explique avoir été violé par trois officiers après son arrestation en novembre :

« Les trois hommes, ils étaient comme des animaux. J’ai essayé de me protéger, mais je suis juste un homme petit. Lorsqu’ils étaient en train de me violer, j’ai commencé à dire : “S’il vous plaît, ne faites pas ça… s’il vous plaît, ne faites pas ça.” »

« Tu as dit que tu n’aimes pas Assad »

La victime ajoute que tout en le violant, ses bourreaux se moquaient de lui :

« Tu veux qu’Assad parte ? Ça c’est pour avoir dit que tu n’aimes pas Bachar el-Assad. »

Citant le rapport que Human Rights Watch a consacré à ce sujet, la BBC précise que les victimes ont souvent du mal à parler de leur agression, perpétrée justement dans le but de les humilier :

« Dans beaucoup de cas, les victimes ne veulent pas que leurs familles ou les autres membres de leur communauté sachent qu’elles ont été violées, à cause de la peur et de la honte. »

Le dernier rapport des Nations unies concernant la Syrie a lui décrit le viol comme l’un des crimes contre l’humanité infligé à la population civile. Le régime syrien a qualifié ce document de « ni juste, ni objectif ».

Les poursuites encore hypothétiques

Ni Human Rights Watch, ni les Etats-Unis n’ont jusqu’à présent rapporté l’utilisation des violences sexuelles par le camp des rebelles, ajoute la BBC.

Navi Pillay, haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, a insisté pour que ces allégations contre le régime syrien soient portées devant la Cour pénale internationale.

« Les décisions importantes prises à ce sujet dans les tribunaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda ont signifié la fin de la culture de l’impunité », écrit Fergal Kean.

La tâche s’annonce cependant ardue pour l’ONU, où les divisions entre pro et anti régime syrien rendent encore hypothétique l’aboutissement d’une telle démarche.

Marie Kostrz | Journaliste Rue89

Crimes contre l’humanité