En plein désert, des réfugiés syriens à l’abandon découverts par image satellite

Human Rights Watch publie des images satellite de réfugiés syriens bloqués en plein désert de Jordanie. L’ONG appelle le pays à accueillir ces migrants.

Des centaines de réfugiés syriens sont bloqués dans le désert de Jordanie, avec un « accès limité à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux » selon Human Rights Watch (HRW). L’ONG fonde ses révélations sur des images satellite datées des 20 et 21 avril 2015, sur lesquelles on aperçoit près de 175 tentes plantées en plein désert, à la frontière jordanienne.

 

2  réfugiés

Les points rouges sont autant de tentes installées en plein désert, à la frontière jordanienne (Human Rights Watch/capture d’écran)

 

HRW met directement en cause la politique d’accueil restrictive de ce pays voisin de la Syrie : « Les autorités jordaniennes ont fortement limité les mouvements frontaliers de migrants à l’Est du pays ». Et rappelle que ces points de passage officieux étaient encore ouverts aux candidats syriens à l’exil en mars.

Les témoignages de travailleurs humanitaires ont permis de corroborer ces clichés. Selon ces mêmes sources, près de 2.500 Syriens étaient bloqués en plein désert en avril. Un chiffre qui aurait chuté à 1.000 personnes en mai, après que les gardes-frontières jordaniens ont autorisé certains migrants à rejoindre le territoire.

La Jordanie affirme avoir dépassé sa capacité d’accueil

Human Rights Watch demande aux autorités jordaniennes d’autoriser les réfugiés du désert à s’avancer plus loin sur leur territoire. Un feu vert qui leur permettrait d’être enregistrés comme demandeurs d’asile auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) locale. Pour Nadim Houry, directeur adjoint de HRW au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’aide déjà fournie doit être prolongée :

« La Jordanie a fait de grands efforts pour aider les réfugiés syriens. Mais ce n’est pas une excuse pour abandonner les nouveaux venus dans des zones frontalières éloignées pendant des semaines, sans protection ni aide. »

 

3 Réfugiés

Les images satellite publiées par Human Rights Watch permettent de localiser précisément les réfugiés bloqués en plein désert. (Human Rights Watch/capture d’écran)

 

Le gouvernement jordanien s’est défendu par l’intermédiaire de son porte-parole, Mohamed Moumani, mercredi 3 juin : « Aujourd’hui, 136 réfugiés syriens ont traversé la frontière jordanienne et ils ont été accueillis, enregistrés […] puis envoyés au camp de réfugiés. Nous avons déjà reçu 1,4 millions de réfugiés syriens, ce qui représente 20% de la population du royaume ».

Fin mars, le premier ministre Abdullah Ensour affirmait que le nombre de réfugiés syriens avait dépassé la capacité d’accueil de la Jordanie. SelonHuman Rights Watch, au mois de mai, 627.000 syriens étaient enregistrés auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.

En janvier, une ONG s’alarmait déjà du changement de politique d’accueil jordanienne, affirmant que les « preuves d’une expulsion de la Jordanie vers la Syrie s’accumulent ». Le groupe s’appuyait sur les témoignages de nombreux migrants recueillis à la frontière, amenés en Jordanie pour être inspectés dans un centre d’enregistrement mais finalement expulsés en Syrie au terme de la procédure.

Alexis Orsini

4 juin 2015

Source :

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150604.OBS0137/en-plein-desert-des-refugies-syriens-a-l-abandon-decouverts-par-image-satellite.html

Album photos : Revivre aux fêtes de la Madelon

Photos ©  Alaa Abdelwahab

30 mai 2015 , à Fontenay sous Bois

1

Le stand de Revivre

2 Michel Morzière

Michel Morzière, Président d’Honneur de Revivre, avec les visiteurs

3

Le public autour de la cuisine syrienne

5

On fait la queue

6 débat Hala Kodmani Isabelle Hausser

Le débat avec Hala Kormani et Isabelle Hausser, animé par Michel Morzière

7 les deux livres

Signature des deux livres des intervenantes

8 Isabelle Hausser

Isabelle Hausser

9 Hala Kodmani.

Hala Kodmani

10 Sur Palmyre Mohamad Taha

L’état de lieu à Palmyre le 30 mai, avec Mohamad Taha, archéologue

et originaire de la ville historique

 

11

Le stand après le débat et la signature

Témoignage de Mazen Hammada: barbarie et impunité!

Mazen Hammada, technicien dans l’industrie pétrolière, de Deir-Ezzor, s’est d’abord fait arrêter deux fois, en avril et ensuite en déc 2011, à Deir-Ezzor, parce qu’il participait aux manifestations pacifiques, les filmait et ensuite les mettait en ligne ou les envoyait aux médias. 
La troisième fois, il s’est fait arrêter au souk de Damas, en mars 2012. Il y avait rendez-vous avec une doctoresse de Darayya pour lui remettre du lait pour les enfants des déplacés. Il s’est fait arrêter avec ses deux neveux qui l’accompagnaient et avec la doctoresse. Sa détention a duré un an et sept mois. Il était détenu à l’aéroport militaire d’al-Mazzeh à Damas.

FSD a traduit et publié son témoignage, accordé à la chaine télévisée Al-Ghad Al-Arabi et publié sur Youtube le 22 avril 2015.

mazen-hammada-deir-ezzor

Mazen Hammada, interviewé par al-Ghad al-Arabi

—————

L’interrogatoire et la torture

« Ils nous ont mis dans une cellule de 1.40 sur 1.40m. Nous étions entre 10 et 12 personnes dans cette cellule. Nous devions nous asseoir 5 le long d’un mur et 5 le long du mur d’en face, et une ou deux personnes restaient debout. Nous faisions un tournus toutes les deux heures.

Pendant l’interrogatoire j’ai reconnu avoir participé aux manifestations mais l’officier m’a demandé de reconnaître avoir porté des armes et avoir tué… j’ai refusé. Ils m’ont couché parterre.. quatre hommes se sont mis à sauter sur moi avec leurs bottes militaires… mes côtes se sont cassées et je n’arrivais plus à respirer. L’officier m’a reposé la question et ma réponse est restée négative. Alors ils ont installé sur mon pénis une bride que l’on peut serrer… et ils se sont mis à la serrer… là j’ai cédé, pas seulement à cause de la douleur mais aussi de peur que mon pénis ne soit sectionné. J’ai reconnu à tort avoir porté une arme pour stopper le supplice… Ensuite, j’ai été suspendu par les poignets jusqu’à ce que j’accepte de reconnaître avoir fait exploser un check-point… Ils m’ont aussi enfoncé une barre de fer dans l’ anus et j’en ai encore les cicatrices… ces gens sont dénués de toute valeur humaine. »

Bouclier humain en août 2013

« Lorsqu’il y a eu menace d’une frappe américaine possible suite à l’utilisation d’ armes chimiques à large échelle à al-Ghouta, à Damas, ils nous ont transférés dans les hangars d’aviation pour que nous soyons tués sous les bombardements. Nous étions environ 700 détenus par hangar. Nous y sommes restés un mois environ avant de retourner en cellule. »

Les conditions de détention

« Chaque jour il y avait un ou deux morts dans notre cellule, car nous avions pas assez d’air et les conditions de détention n’étaient pas supportable pour les personnes âgées ou malades. Nous étions alors 180 dans une cellule de 11×6 m2. Nous devions nous asseoir et d’autres s’asseyaient sur nos genoux. Parfois le gardien mettait son fusil dans la fente de la porte et il tirait sur le plafond en dessus de nos têtes… la balle restait parfois plantée dans le plafond ou alors elle ricochait et touchait l’un de nous. »

L’hôpital militaire 601

« Suite à mon interrogatoire et à la torture barbare que j’ai subie, j’avais les côtes cassées, je vomissais et j’urinais du sang. J’ai alors été transféré, avec d’autres, à l’hôpital militaire 601 de Damas. Dès notre arrivée à l’hôpital nous avons été accueillis par des coups de bâtons ou de chaussures par les infirmiers et les infirmières. Ensuite nous avons été placés à trois par lit et menottés. La nuit je suis allé aux toilettes, j’ai ouvert la première porte j’y ai trouvé deux cadavres, j’ai ouvert la deuxième, j’y ai trouvé deux cadavres, je suis allé vers le lavabo, il y avait là le corps d’un jeune homme blond d’environ 17 ans… Là, j’ai disjoncté, le gardien me parlait mais je ne pouvais pas répondre.. alors il s’est mis à me tabasser… Il y avait aussi un gardien à l’hôpital qui se donnait le surnom Azraël, l’ange de la mort. Il est arrivé une fois à minuit avec une barre de fer avec des pointes. Il a demandé qui parmi nous avait besoin de médicaments. L’un de nous a répondu par l’affirmative. Alors Azraël s’est approché de lui et lui a dit : « Le tribunal de Dieu t’a condamné à mort » et il s’est mis à le tabasser jusqu’à l’éclatement de sa tête. Il en est mort et il a été ensuite transporté aux toilettes. »

Sadisme

Vers la fin de ma période de détention nous avons dû donner nos empreintes en attendant d’être transférés pour être jugés devant le tribunal. Il y avait un enfant de seize ans avec nous. Le gardien lui a demandé d’où il venait, il a répondu de Darayya (lieu symbole de protestations pacifiques à Damas). Il l’a alors tabassé et ensuite il a amené un poste de soudure et lui a brûlé le visage, qui a littéralement fondu… nous l’avons ramené dans la cellule, nous avons tenté de rafraichir ses brûlures, mais deux jours plus tard il est décédé… Mon cœur s’est brisé pour cet enfant. »

La fuite de Syrie

« Après ma sortie de détention, comme j’étais toujours recherché par le service de renseignement (les différents services ne communiquent pas). Je me suis alors rendu clandestinement à Deir-Ezzor. Ensuite j’ai fui la Syrie vers la Turquie où j’ai pris le bateau vers la Grèce et ensuite un camion pour arriver aux Pays Bas. »
———————

L’impunité!

Il faut préciser ici que les officiers et les gardiens des centres de détention bénéficient d’une impunité totale… impunité qui incite les personnes dérangées à développer de plus en plus des méthodes barbares pour torturer les détenus…Et c’est la même impunité dont bénéficie Assad et ses semblables qui rend ces dictatures de plus en plus barbares…

Non à l’impunité!… Seule la justice peut acheminer la Syrie vers la paix.

……………………………

Source de la traduction en français, FemmeS pour la Démocratie

https://femmesdemoc.wordpress.com/2015/04/26/temoignage-de-mazen-hammada-barbarie-et-impunite/

Source vidéo en arabe :

https://www.youtube.com/watch?v=mvLMh7meYfY&feature=youtu.be

 

Vidéo: Prisonniers d’Europe – Les jeunes syriens bloqués en Bulgarie

Pour les réfugiés syriens, la Bulgarie n’est que l’une des portes d’accès au continent européen. Leurs destinations finales sont autres : les pays riches du nord de l’Europe, et en particulier la Suède et l’Allemagne.

Les Syriens arrêtés par la police en territoire bulgare sont logés dans divers centres d’accueil, en attente d’une réponse à leur demande d’asile. Ils se retrouvent parqués dans une sorte de limbes : ils ont réussi à se mettre à l’abri, mais ils n’ont jamais atteint leur destination. Ils peuvent attendre ici pendant des mois, prisonniers de la bureaucratie et des règlements européens.

Ce reportage vidéo, réalisé en 2014 par Daniela Sala et Emilia Uski Audino, montre leur vie dans les centres d’accueil de Harmanli et de Voenna Rampa.

Sous-titres : cliquez sur “Paramètres” en bas à droite de la vidéo pour choisir la langue des sous-titres.

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=nst6-hHVI40

Source : Focus on Syria

http://www.focusonsyria.org/fr/video-prisonniers-deurope-les-jeunes-syriens-bloques-en-bulgarie/

Photo : Un réfugié syrien avec sa fille en Bulgarie – à Voenna Rampa

Un réfugié syrien avec sa fille en Bulgarie

 

Aya Mhanna, psychologue au service des réfugiées syriennes

A 29 ans, Aya Mhanna, psychologue clinicienne et psychothérapeute du Metn, au Liban, parle avec dévouement de son métier. Après des allers retours avec le Canada, c’est au pays du Cèdre qu’elle a choisi d’exercer. Détentrice d’un Master en psychologie clinique et psychopathologie de Paris V, la jeune femme a également une formation de psychothérapie familiale et d’art thérapie. Autant de diplômes qu’elle met aujourd’hui à profit

Lire la suite…

http://information.tv5monde.com/terriennes/aya-mhanna-une-psychologue-au-service-des-syriens-14984

Aya Mhanna

Radwan, rescapé syrien du « Blue Sky », et son ange gardien italien Tommaso

Par  Maryline Baumard 

Le Monde le 5 janvier 2015  

On l’appellera Radwan. Le 31 décembre à 3 h 30 du matin, cet homme de moins de 40 ans, teint hâlé, visage exténué, est descendu du cargo Blue Sky à Gallipoli, dans le sud de l’Italie, avec son épouse enceinte. Depuis, le migrant Syrien s’est reposé dans une école, un centre d’hébergement avant de prendre le train pour remonter l’Europe. En trois jours, il a quitté les frontières de l’Italie.

Aujourd’hui, Radwan continue sa route vers le nord avec, en Italie, un ange gardien du nom de Tommaso Tomaiuolo qui veille sur lui. L’amitié entre ces deux hommes a commencé le 31 décembre au travers d’une grille de cour d’école. Celle de l’établissement de Gallipoli où Radwan avait été emmené pour se reposer après que son cargo – abandonné par son capitaine – eut été ramené dans le port.

Comme ses voisins et ses amis, Tommaso s’apprêtait à fêter tranquillement le réveillon de la Saint-Sylvestre dans les Pouilles quand le Blue Sky a fait irruption dans sa vie. Depuis l’arrivée de ce cargo et de ses 768 migrants, dans le port de sa petite ville, le jeune quadragénaire est comme happé dans un tourbillon fou. « Je n’oublierai jamais les rencontres que j’ai faites depuis le 31 décembre, ni les regards. Ils ont changé mon regard sur la vie », raconte ce créateur de sites Internet qui travaille pour une petite société italienne et habite à Alezio, à 5 kilomètres de Gallipoli, dans les Pouilles.

Blue Sky  1

Photo : Le « Blue Sky », dans le port Gallipoli. | DR/Tommaso Tomaiuolo

«  Je voulais être utile »

Dès qu’il apprend que le navire vogue sans capitaine, en direction des côtes de son pays, il twitte heure par heure le sauvetage et alimente son compte Facebook. Dès les premières heures du jour, levé tôt, il file au port.

« Un navire vide c’est bien… Mais ce n’était pas mon but ! , raconte-t-il, je voulais être utile. » Tommaso pressent que la couche de rouille du cargo cache bien des drames humains. Comme il ne décroche pas des radios locales, il apprend tout de suite dans quelles écoles de la ville ont été installés les migrants, afin qu’ils puissent se reposer. « Le maire a eu six heures pour réagir et trouver des solutions. Juste le temps du sauvetage du navire », ajoute Tommaso.

L’homme file vers les centres ouverts, comme beaucoup d’autres citoyens de cette zone pauvre, touchée de plein fouet par le chômage, mais prêts là à toutes les générosités. « Durant la soirée du 30 décembre, entre 21 heures – heure à laquelle on a appris que le bateau fantôme se dirigeait vers nos côtes – et son arrivée, 70 bénévoles de la protection civile se sont mobilisés, aux côtés de ceux de la Croix Rouge et de beaucoup de simples citoyens comme moi », explique-t-il.

Quand Tommaso Tomaiuolo arrive dans une des écoles d’accueil, des hommes sont là derrière les grilles. « A un premier, je demande ce dont il a besoin, il me montre timidement mon téléphone mobile que je tenais à la main et comme je lui passe, il semble douter qu’il puisse vraiment appeler à l’étranger. » L’homme joint la Turquie, parle quelques minutes et rend à Tommaso son smartphone « avec un sourire que je n’oublierai jamais ». Tous deux fument ensemble une cigarette. Tommaso lui pose quelques questions.

Quand l’ingénieur revient à l’école, l’après-midi, il trouve un autre Syrien à la place du premier. C’est Radwan. Son épouse se repose de ce voyage dans des conditions effroyables.

Blue Sky  2

Photo :  Les cales du Blue Sky durant la traversée de la Méditerranée. | DR/Tommaso Tomaiulo

Les deux hommes sympathisent, partagent quelques cigarettes. « Radwan a quitté la Syrie, il y a un an et vit depuis en Turquie. Là, il a dû une nouvelle fois refaire ses bagages, parce qu’en Turquie il n’a trouvé aucun travail », rappelle l’Italien. Tommaso Tomaiuolo, qui ne veut pas se mettre en scène, reconnaît du bout des lèvres qu’il a aidé financièrement cet homme à partir vers le nord et à charger son téléphone portable. Il lui a aussi donné deux livres et deux crayons. Radwan n’est pas « pauvre », mais il vient tout de même de débourser 14 000 euros pour payer son passage et celui de son épouse et il ne sait pas quand son périple s’arrêtera…

Pour les épisodes précédents, les photos prises par l’Italien parlent d’elles-mêmes. « Comme nous n’avions pas de connexion Internet, j’ai photographié avec mon téléphone l’intérieur de la cale du Blue Sky. Et franchement, cela m’a bouleversé de voir comment ces gens avaient été traités », raconte Tommaso.

« Rester en Syrie pour y mourir ou partir »

La discussion s’installe entre les deux hommes et Radwan raconte comment il lui a fallu prendre un petit bateau de pêche pour rejoindre le cargo qui mouillait dans les eaux internationales au large du port turc de Mersin. « Comme il avait un très bon anglais, pour avoir vécu quelque temps en Grande-Bretagne, nous avons pu parler longuement. Pour Radwan, la question syrienne n’est pas un problème que doit gérer l’Italie ou l’Europe, mais c’est bien un sujet qui doit être pris en charge par les Nations unies. Je n’avais que deux options, m’a dit Radwan : rester en Syrie pour y mourir ou partir », rapporte l’Italien.

La discussion entre Radwan et Tommaso a été stoppée, ce 31 décembre par les cris de deux femmes. Toutes deux pleuraient l’arrestation par la police italienne de leur fils et frère Rani Ahmad Sarkas, soupçonné par les autorités d’être un des passeurs et d’avoir piloté le cargo.

Dimanche 4 janvier, le quotidien italien La Republica racontait son audition par la police, traduite par l’AFP. « Ils m’ont promis 15 000 dollars [12 500 euros] et la possibilité de faire venir toute ma famille », a-t-il expliqué aux inspecteurs. Tommaso confirme que les deux femmes lui ont expliqué que treize autres membres de la famille se trouvaient sur le Blue Sky.

Rani Ahmad Sarkas est un Syrien âgé de 36 ans. Des extraits de son audition, reproduits par le journal italien permettent de comprendre comment il a pris la barre du navire. « Je suis arrivé en Turquie par avion depuis le Liban où j’étais réfugié. Là, j’ai été contacté par une connaissance qui savait que j’étais capitaine de navire », ajoute-t-il. Les deux hommes se rencontrent à Istanbul, font affaire. Rani Sarkas embarque alors avec trois autres hommes sur le Blue Sky, battant pavillon moldave, à destination de Mersin, port turc situé près la côte syrienne.

Blue Sky  3

Photo : Sarkas Rani, capitaine du Blue Sky. | Facebook/ Rani Sarkas

Le cargo reste deux jours, ancré au large, dans l’attente de sa « cargaison ». Le troisième jour, un bateau a emmené un premier groupe de 30 personnes sur le Blue Sky. Pendant quatre jours, la noria a continué et, le 25 décembre, ils ont largué les amarres avec 768 passagers à bord. « J’ai personnellement tracé la route pour l’Italie », a raconté le jeune homme aux enquêteurs. Après s’être abrité près des côtes grecques, pour éviter la tempête, il a repris sa route vers le sud de l’Italie. Il a ensuite abandonné la passerelle pour se réfugier dans la cale après avoir bloqué la barre et le moteur. Le navire a continué sa route à environ six nœuds (11 km/h) vers la terre. Sans intervention de la marine italienne, il se serait fracassé contre les rochers avec sa cargaison humaine.

« La mère et la sœur du capitaine m’ont demandé si je pouvais les aider à trouver un avocat, mais aucune des deux n’a voulu que je les filme. Elles avaient peur de la mafia turque si un jour, elles retournent en Turquie », regrette Tommaso. Avant qu’il ne soit question de cela, les migrants sont montés dans un bus pour être mieux installés ailleurs en Italie. L’école a refermé ses portes pour se préparer au retour des élèves italiens ce lundi.

« Le 31, j’ai surtout surveillé ma messagerie pour voir si Radwan m’avait écrit. J’ai eu le plaisir de découvrir que oui », ajoute-t-il.

Blue Sky  4

Photo : Echange de SMS entre Tommaso et Radwan. | DR

Le 1er janvier, Tommaso Tomaiuolo a refait le tour des écoles. La dernière était en train d’être évacuée. Gallipoli refermait la parenthèse du Blue Sky« Pour moi, cela aura vraiment été une Saint-Sylvestre riche en tragédie et en émotion. Un de ces moments qui changent un regard sur la vie. Je n’oublierai jamais comment ma ville a su prendre soin des migrants. J’aime me rappeler cette photo du maire qui fait une partie de volley-ball avec quelques-uns d’entre eux. La vie est rude dans l’Italie du sud, très touchée par la crise, mais elle est belle. Nous avons des valeurs », conclut l’Italien avant de repartir à son quotidien d’informaticien.

*Initialement, Tommaso Tomaiuolo ne souhaitait pas apparaître dans ce récit. « Je veux juste que cette tragédie soit connue. Je n’ai fait que ce que d’autres citoyens comme moi ont aussi fait pour ces gens. Par humanité », ajoute-t-il à l’issue d’un long entretien téléphonique. Convaincu que le lecteur de cet article a envie de le connaître, il a finalement accepté que son nom et ses actions figurent dans le récit de ce moment que dit-il, il « n’oubliera jamais ».
Vidéo (Le Monde & Dalymotion)

« Les migrants du blue SkyM transférés depuis l’école de Galipoli »

http://www.dailymotion.com/video/x2e1vfr_les-migrants-du-blueskym-transferes-depuis-l-ecole-de-galipoli_news

 

Source: Le Monde. 05.01.2015 

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/01/05/radwan-rescape-syrien-du-blue-sky-et-son-ange-gardien-italien-tommaso_4549556_1654200.html

 

 

 

 

Communiqué « Les cargos de la honte »

Communiqué du 2 janvier 2015

 

 « Les cargos de la honte »

Préparons nous à accueillir dignement de nombreux réfugiés syriens.

 En quelques 48 heures, deux cargos chargés de centaines de réfugiés pour la plupart syriens ont failli, abandonnés par leur équipage à la solde de passeurs, se fracasser sur les côtes italiennes. Il s’en est fallu de peu qu’une nouvelle catastrophe humanitaire s’additionne aux 3 400 migrants ayant perdu la vie en 2014 en Méditerranée.

Pour l’association REVIVRE, ce nouvel épisode n’est pas pour la surprendre.  Les 4 millions de réfugiés aux frontières de la Syrie vivant dans des conditions précaires et n’ayant aucune perspective de retour dans un pays détruit et soumis à la barbarie, ne vont cesser de tenter de fuir vers d’autres pays et, tout particulièrement, vers l’Europe.

Depuis les 2 arrivées de quelques 400 réfugiés syriens en avril et en juillet 2014 à Saint-Ouen, nous ne cessons d’attirer l’attention des différentes administrations sur la nécessité d’anticiper les conséquences d’une immigration importante de réfugiés syriens sur notre territoire.

L’Italie ne pourra, elle seule, garder sur son territoire tous ces migrants. Beaucoup vont se retrouver en France, soit pour transiter, soit pour y demander l’asile.

Dès maintenant, des dispositifs de protection et d’hébergement d’urgence doivent être élaborés, sachant que nous sommes en période hivernale et que de nombreux enfants accompagnent ces familles.

Ces derniers jours, nous avons pu constater qu’à l’occasion de la mise en place du plan « Grands froids » et des mesures destinées aux naufragés de la neige sur les autoroutes des vacances des solutions existent lorsque la volonté est au rendez-vous.

Les devoirs de solidarité et de respect du droit d’asile envers ces victimes d’un conflit aussi monstrueux sont indispensables.

Contact presse :

Contact.revivre@gmail.com

Tel : 06 87 56 94 53

Communiqué Revivre du 2 janvier 2015

Naufrage de migrants : une Syrienne dit avoir survécu pour « sauver des enfants »

Publié le 17/09/2014

« Je voulais sauver les enfants, c’est pourquoi je suis restée en vie »: grâce à une chambre à air, Doaa, une Syrienne de 19 ans, a échappé au naufrage qui a fait des centaines de victimes parmi des migrants en Méditerranée le 10 septembre, sauvant aussi la vie d’un bébé que lui a confié sa mère désespérée avant de mourir.

Doaa Al Zamel et Mohamed Raad, un Palestinien de 23 ans, ont raconté mercredi leur calvaire à l’AFP, dans le port crétois de la Canée, où ils ont été amenés avec deux autres Palestiniens, un Egyptien et la fillette d’origine syrienne par un porte-conteneur qui les a récupérés.

Ils font partie de la dizaine de personnes, sur quelque 500, embarquées le 6 septembre en Egypte avec l’espoir de gagner l’Italie.

Tous deux, ainsi qu’un autre Palestinien qui a préféré ne pas s’exprimer, Abdelmazid Alhila, sont apparus en bonne santé physique mercredi, à l’exception de marques de brûlures solaires.

Mercredi dernier, pourtant, en pleine mer, et apparemment parce qu’ils refusaient de se laisser transférer dans une embarcation bien trop petite pour eux tous, les migrants auraient été victimes de leurs passeurs, qui ont coulé leur bateau, selon des témoignages recueillis par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations).

Doaa et Mohamed sont plus évasifs : Il dit « n’avoir pas vu le bateau qui nous a percutés ». « J’étais sur le pont inférieur et je ne voyais rien. J’ai entendu crier et hurler. Cela n’a pas duré longtemps, le bateau n’a pas mis une minute à couler ».

Doaa pour sa part témoigne qu’un « bateau de pêche », dont elle ne dit pas par qui il était occupé, « nous a demandé de nous arrêter » et les occupants ont commencé à « lancer des objets en métal et en bois en nous insultant », mais comme le capitaine refusait de s’arrêter, « ils nous ont tamponnés jusqu’à ce que le bateau coule, ils nous ont regardés et ils sont partis ». D’après leurs traits, elle suppose que les agresseurs étaient « égyptiens ou libyens ».

— En Italie pour se marier —

« La collision s’est produite vers midi, et le bateau en métal, « pas en très bon état » selon elle, n’a eu aucune chance. « Un grand-père m’a suppliée de garder sa petite-fille d’un an », puis « une mère m’a demandé de garder sa fille de deux ans pour qu’elle puisse s’occuper de son fils de 6 ». Un autre garçonnet lui a été confié pendant quelque temps par sa tante, avant d’être repris par celle-ci.

« Nous sommes restés en groupe et nous avons prié Dieu pour être sauvés », dit-elle.

Mais tous ceux qui avaient demandé son aide sont morts sous ses yeux, le bébé d’un an dans ses bras juste avant qu’elle ne soit elle-même sauvée. Elle a pourtant pu sauver la vie de la fillette de deux ans, Syrienne selon elle, qui semblait hors de danger mercredi soir à l’hôpital d’Héraklion.

Dans le naufrage, Doaa, triste mais calme en racontant ce cauchemar, a aussi vu mourir son fiancé. « C’est lui qui avait trouvé les passeurs ». « Ils devaient nous amener en Italie pour que nous puissions nous y marier. Maintenant, je n’ai plus de raison d’y aller », soupire-t-elle, disant « n’être restée en vie que pour sauver les enfants ».

Mohamed se rappelle qu’après le naufrage du bateau, « 80 à 90 personnes » se sont retrouvées au milieu des flots à lutter pour leur survie. « Les femmes et les enfants avaient soif, les hommes ont uriné dans des bouteilles pour qu’ils boivent ». Puis, « nous sommes restés deux nuits et trois jours dans le froid, la soif, la peur », et « le troisième jour, les gens ont commencé à devenir fous », raconte le jeune barbier, qui a eu la chance d’avoir trouvé un gilet de sauvetage.

Dans sa somnolence, il s’imagine à un moment dans un hôtel, « et j’ai commencé à enlever mon gilet de sauvetage, mais j’ai soudain réalisé que j’étais en train de couler et je l’ai remis ».

Il revoit l’image de « certains qui avaient leurs enfants avec eux, et quand ils mouraient ils les laissaient juste glisser dans l’eau… »

Les disparus étaient Syriens, Palestiniens, Egyptiens ou Soudanais. Comme beaucoup, Mohamed était parti de Gaza, en quête d’un peu de paix. « Depuis que je suis né, je n’ai jamais vécu une seule journée heureuse. Toujours la tyrannie, la guerre, le chômage et ne pas savoir quand nous serons tués »…

Nota:  Doaa Al Zamel  a été primée le vendredi 19 décembre 2014, par l’Académie d’Athènes pour son action héroïque

Doaa Al Zamel

Source de l’article :

http://www.ladepeche.fr/article/2014/09/17/1953584-naufrage-migrants-syrienne-dit-avoir-survecu-sauver-enfants.html

Torture en Syrie : un réfugié témoigne

Par Olivier Brégeard

Arrêté sans preuve après avoir participé à des manifestations contre Bachar el-Assad, un jeune membre de la bourgeoisie de Damas a passé plusieurs semaines dans l’enfer des geôles du régime. De passage en Alsace au terme d’une odyssée dantesque, il s’est confié à nous. Un récit déconseillé aux âmes sensibles.

 

Lire la suite….

http://www.lalsace.fr/actualite/2014/12/16/torture-en-syrie-un-refugie-temoigne

 

Photo: Mulhouse, le 4 décembre 2014 : une partie de la famille de B. résidant encore en Syrie, nous avons préservé son anonymat et gommé certains éléments de son récit qui auraient pu permettre de l’identifier. Photo  L’Alsace/

un réfugié témoigne

Où sont passés les 48 millions de dollars promis aux Syriens par l’Union Européenne ?

Au milieu de la campagne pour la régularisation des réfugiés, une autre information a défrayé la chronique : le Programme alimentaire mondial ( PAM) a suspendu les bons alimentaires à 1,7 million de réfugiés en raison d’un manque de financement des gouvernements. Grace a la pression médiatique, les paiements ont fini par être faits à la dernière minute et le programme a été renouvelé pour le moment. Mais le financement de cette crise des réfugiés est loin d’être résolu.
Le PAM a indiqué que la raison de la suspension des bons de nourriture était due aux « promesses non tenues » de certains gouvernements. Nous avons donc commencé à creuser dans les chiffres officiels de l’ONU, et nous avons trouvé un grand vide inexpliqué. Avec seulement 21 jours laissés en 2014, la Commission européenne a omis de payer 48 000 000 dollars qui avaient été promis.
L’aide financière est urgente, les rations alimentaires sont minimes, et les réfugiés manquent de couvertures et de tentes. Il y a seulement 2 semaines, deux bébés sont morts de froid dans l’un des camps du Liban. Et il va faire de plus en plus froid.
Lorsque nous avons demandé à la Commission européenne vendredi dernier des détails à propos de ce vide de financement énorme, ils ont répondus en disant que des vérifications au plus haut niveau vont être faites et qu’ils reviendront vers nous. Cela fait maintenant cinq jours et toujours aucune explication.
C’est exactement sur ce point que la pression du public peut aider. Ce n’est pas une question qui devrait être archivée au fond de la boîte de réception d’un bureaucrate. C’est un financement essentiel pour la Syrie.
Appelons donc aujourd’hui la Commission européenne à payer immédiatement les 48 000 000 de dollars promis. Cet argent est dû aux personnes les plus vulnérables du monde. Faisons en sorte qu’elles l’obtiennent sans plus tarder.
Partagez, après avoir ajouté votre nom à notre appel:

https://thesyriacampaign.org/en/actions/promises-to-refugees

 

Accueillez les réfugiés syriens, disent les agences humanitaires aux pays riches:
http://www.theguardian.com/world/2014/dec/08/take-in-syrian-refugees-rich-countries

 

Passons de la déception à l’espoir

………………………………………

Texte en français : Via page FB de Wladimir Glasman

https://www.facebook.com/profile.php?id=100005876497366&fref=tl_fr_box&pnref=lhc.friends

réfugiée syrienne